Par Ahmed SABBARIEnseignant chercheur en Sciences de Gestion – Université Cadi Ayyad

Chaos, complexité, émergence ou encore déséquilibre, sont des phénomènes qui remontent en surface à chaque fois qu’une crise incontrôlable est là. Les vraies opportunités entrepreneuriales ont toujours surgi en pleine incertitude, propre du chemin entrepreneurial.

Alors que le confinement généralisé joue encore ses prolongations et le corona challenge n’est pas encore gagné, notre économie commence déjà à souffrir de courbatures. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, la crise sanitaire vient de s’ajouter à deux terribles années où la sécheresse a lourdement frappé et par conséquent c’est tout notre modèle de développement qui serait en embuscade.  Le Produit intérieur brut (PIB) devrait chuter de 3 points par mois de confinement et sans doute de 8 à 9 points au terme de l’année 2020, les recettes du Trésor chutent déjà de plus de 30 MMDH depuis le début du confinement, La dette devrait, quant à elle, bondir plus. Cette crise sans précédent pour notre pays, pourrait se transformer en choc économique récessif majeur.

La situation pourrait apparaître plus embrouillée que l’on ne pouvait le penser et nous ne pouvons même pas encore cautionner le caractère exogène de ce virus par rapport à l’action de l’homme. Et comme tout est simplement étrange et inconnu autour de ce virus depuis son origine, sa transmissibilité et son traitement, les règles de puissances économiques semblent tourner à l’envers et les pays qui sont et seront économiquement les plus touchés sont surtout les pays les plus dépendants des exportations ! Les bouleversements sont en cours et ça risque de changer pas mal de postulats économiques.

Désormais place à la préparation de la phase de post-crise sanitaire où il faudrait faire preuve d’ingéniosité de restructuration. Il faudra, bien entendu, s’interroger sur nos défaillances pour éviter que nous ne revivions pas une situation comparable lorsque surviendront d’autres probables pandémies. Mais il est évident aussi que la transition d’une phase à une autre se trouve historiquement ponctuer par une crise et la force de frappe de cette dernière devrait alors nous pousser à repenser sérieusement notre façon de faire. Des réformes structurelles devraient être annoncées, des décisions de fond et de très grande portée doivent être prises et actées pour renforcer notre immunité sanitaire mais aussi économique. Le développement d’une véritable culture entrepreneuriale peut ainsi apparaître comme un levier de la relance économique et le reflet d’une volonté de définir de nouvelles règles économiques, sociales, écologiques, permettant un meilleur-être.

Notre économie, tout comme nos entreprises, ont besoin de faire preuve de plus de résilience et d’aptitude à renouer avec une trajectoire de croissance, et pour cela nous aurons besoin de créer une véritable dynamique entrepreneuriale. Cette dynamique peut conduire à terme à la création de nouveaux emplois, à l’introduction d’innovation et de nouvelles formes de travail. Cela permettrait non seulement de compenser les dégâts de la crise mais aussi d’apprendre à changer et à conduire le changement à travers une mise en avant de plus de processus autonomes de type bottom-up. Plusieurs entreprises développent une certaine rigidité de sorte qu’elles en parviennent à difficilement produire des « réponses créatrices » selon l’expression de Schumpeter en temps de turbulence. Seule la dynamique entrepreneuriale leur permettrait de trouver le chemin de la créativité et de la régénération par la création de nouvelles opportunités et de façons de faire up-to-date.

A l’état actuel, notre dynamique entrepreneuriale présente encore certaines limites importantes, et l’observation du phénomène des jeunes entreprises en révèle les fragilités et montre qu’elle n’a toujours pas la vigueur nécessaire pour contribuer significativement à l’amélioration du positionnement compétitif du pays. Les quelques statistiques qu’on trouvait sur le site du Centre Marocain de l’Innovation « CMI » (ce site qui ne marche plus depuis un certain temps !) confirment l’existence d’un problème sérieux dans le système marocain de soutien à l’innovation. La plupart des secteurs clés de notre économie sont confrontés à la tâche la plus difficile liée au fait de la prédominance des modèles d’affaires traditionnels à faible valeur ajoutée. Dans un contexte imprévisible et incertain comme l’actuel, la reconstruction économique et sociale consiste pour nous en l’interrogation de la pertinence de ces modèles de développement traditionnels. Nul doute qu’il faudrait, en outre des nouveaux produits de garantie des crédits en faveur des entreprises déjà lancés, plus d’actions pro-entrepreneuriales afin de promouvoir le développement d’entreprises innovantes à fort potentiel de croissance.

L’innovation et la proactivité devraient être les vecteurs principaux de notre modèle de développement durable dans un souci de maintien des capacités de reproduction des écosystèmes. La nécessité d’innover, de se projeter dans le futur et de favoriser la prise d’initiative devraient être reconnues comme clés du succès et sources d’avantage en temps de crises. Le modèle flexible de l’entreprise entrepreneuriale devrait inciter aussi nos grandes entreprises à reconsidérer leurs comportements et leurs pratiques pour se renouveler et se dynamiser afin d’améliorer leur résilience face à la concurrence et aux évènements inattendus. Le cadre institutionnel est très déterminant de la dynamique entrepreneuriale globale d’une économie. Le statut d’auto-entrepreneur mis en place il y a quatre ans déjà, a sans doute amélioré la gestion administrative, mais Il faudrait y rajouter d’autres réformes facilitatrices de l’action entrepreneuriale.