En pleine pandémie Covid19, resurgit une thématique, plutôt un credo de circonstance, le « Made in Morocco » et « le consommer Marocain », sans autre dorme forme de déclinaison, en prélude au Maroc post-Covid, que nous appelons de nos vœux.

L’intention des officiels est on ne peut plus louable, dès-lors qu’il s’agit d’inciter le Marocain à consommer de préférence les produits « made in Morocco», en lieu et place des produits d’outre-mer.

Pour ne pas céder aux vœux pieux, je pose cette question lancinante- ce vœux est-il réalisable, en l’état de configuration actuelle de notre base économique ?

Etat des lieux.

– Notre balance commerciale est structurellement déficitaire, enregistrant un lourd déficit, ayant à l’esprit que nos exportations n’arrivent à couvrir- bon an, mal an- qu’entre 48 & 50% de nos importations, représentant un déficit en valeur absolue pas moins de Mad 180 milliards, au titre de chaque exercice budgétaire.

– Une économie exogène, qui ne tire ses performances que de son statut de chasse-gardée des intérêts étrangers dans notre pays – industrie de sous-traitance industrielle et de prestations de services.

– Le Maroc est lié par 55 conventions de libre-échange, toutes détrimentales aux intérêts de notre économie, le Maroc n’affichant aucun excédent commercial vis-à-vis de ses partenaires, au titre de ses accords de libre échange.

– Last but not least, quelle est l’envergure de l’offre Marocaine tant localement qu’à l’export, de nature à rendre le vœu de « consommer Marocain » faisable ?

Question de pédagogie ?

Pour ne pas verser dans les vœux béats et surtout pour ne pas faire des éléments de langage et des effets d’annonces, office de politiques publiques, il appartient à notre gouvernement de se retrousser les manches, commençant par le commencement, à savoir :

– Optimiser les importations, c’est-à-dire n’autoriser ADMINISTRATIVEMENT, d’importer que ce qui est nécessaire au fonctionnement de notre économie, avec réduction drastique de tout ce qui participe de l’accessoire. Je prône ici, le retour aux 3 fameuses listes d’’importations ayant prévalu jusqu’aux années 80, dont la caractéristique était la protection de  notre tissu industrialo-économique et partant nos entreprises, de l’invasion du scrap des produits importés.

– Concomitamment, jeter les bases d’une économie vraiment nationale, une économie endogène et autocentrée, qui tire ses performances de sa propre dynamique et de ses propres ressorts de développement, pendant que nous y sommes, tout au moins, c’est ce qui doit être recherché par la CSMD de Chakib Benmoussa.

Cela porte un nom- l’implémentation du patriotisme économique. Un bémol, néanmoins, notre gouvernement a-t-il la vision et surtout la souveraineté décisionnelle, pour oser une si belle aventure ?

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA