Il y a longtemps, dans une une autre vie, quand j’enseignais encore la publicité et la communication, j’apprenais à mes étudiants que “communiquer c’est sortir du silence”. Et j’ajoutais aussitôt : “sortir du silence, mais pour exprimer une idée”. Autrement dit, si c’est pour dire une bêtise, il vaut mieux ne pas l’ouvrir.

Vous savez ce qui m’a fait rappeler ce souvenir ? Oui, c’est bien sûr le récent dérapage sémantique incontrôlé d’un de nos ministres les plus critiqués, et un de nos leaders politiques le plus décriés.  

En vérité, je n’aime pas trop gueuler avec les loups, ni huer avec les foules, mais là, je me sens obligé de donner mon avis sur un fait presque anecdotique, mais qui symbolise parfaitement la décadence irréversible et la très profonde décrépitude de notre classe politique.

Je n’ai jamais caché ma sympathie pour Aziz Akhanouch que j’ai eu l’occasion d’approcher et de saluer, en tout et pour tout, une ou deux fois dans ma vie. Pourtant j’ai bossé près de 5 ans dans un des journaux de son groupe. D’ailleurs, je puis vous assurer que même si je n’ai jamais été très tendre avec la politique du gouvernement où il siégeait à cette époque, on ne m‘a jamais fait la moindre petite remarque sur mes écrits subversifs, et je n’ai jamais été censuré. 

Certains d’entre vous se rappellent peut-être quand cette bien triste campagne de boycott avait été lancée, entre autres, contre son business, je n’avais pas hésité à la dénoncer, non pas pour lui préserver ses milliards, mais juste parce que je trouvais cette cavale bien injuste et ses initiateurs bien lâches.

Cela dit, je pense que ce qui vient de lui arriver par sa propre faute, et/ou par la faute de ses conseillers et les rédacteurs de ses discours, mérite qu’on s’y attarde.  C’est un vrai cas d’école aussi bien pour le monde des affaires où il excelle que pour le monde  de la politique où il semble, hélas pour lui et pour nous, être toujours un éternel débutant. 

Quelques amis qui le connaissent bien, en tôt cas mieux que moi, m’ont dit que notre bonhomme serait quelqu’un de très gentil – ce qui, entre nous, n’est pas, dans l’absolu, une qualité, et qu’il serait quelqu’un de… très bien élevé. 

D’abord, je ne doute pas une seconde de ces attributs, et encore moins du dernier. Mais, voyez-vous, la notion de l’éducation est tellement relative qu’elle en devient presque naïve. Dans tous les cas, l’expérience ma’ montré personnellement que bien des gens qui se disent bien élevés, à commencer par votre serviteur, finissent un jour ou l’autre par disjoncter. 

Sauf que pour le commun des gaffeurs comme moi ou comme vous, c’est-à-dire qui n’avons aucune responsabilité politique ou autre, on peut sortir toutes les bêtise que l‘on veut, où l’on veut et à qui on veut, personne ne s’en offusquera et, surtout, personne ne nous demandera de démissionner ni même juste de nous excuser.

Or Si Aziz, lui, avec ses paroles très mal préparées et très mal placées, pour ne pas dire très déplacées, risque de le payer très cher. Vous me direz qu’il a les moyens de payer, et je vous répliquerais qu’en politique, les factures sont parfois si élevées que, même réglées, on en garde les séquelles à vie. 

Et c’est pour cela qu’il faudrait que nos aspirants dirigeants politiques réfléchissent longtemps, très longtemps, non pas avant de parler, mais carrément avant de s’engouffrer dans le chemin sinueux, dangereux et périlleux qu’est la politique. Et cette précaution est encore plus indispensable pour ceux qui ont des intérêts économiques et financiers à défendre ou à développer. 

Je vais ajouter un dernier mot avant de me taire jusqu’à… la prochaine fois : je n’aime pas donner des conseils à ceux qui pensent ne pas en avoir besoin, mais je vais me permettre quand même un et un seul : évitez des propos malheureux et malencontreux tels que ceux prononcés volontairement ou involontairement par Si Aziz car ils peuvent avoir un impact si blessant sur la population qu’il faudrait parfois des années pour arriver à en atténuer la souffrance. 

Et vous savez pourquoi ? Parce que l’ère de “ghadi nadik fine t’rabba” ( “je vais t’amener où on va t’éduquer”) est encore très vivace dans l’esprit des Marocains et surtout des victimes de ce qu’on a appelé et qu’on appelle toujours  “les années de plomb”. Des années bien sombres qu’on a envie d’oublier, mais on n’y arrive toujours pas. 

Alors, messieurs et mesdames les politiques, si vous ne voulez pas risquer de mettre stupidement le feu à la poudrière, de grâce, gardez le silence ! 
En attendant, je vous souhaite un très bon week-end et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma