Depuis quelques mois, nous sommes bousculés par une série de faits et d’affaires qui nous rappellent la complexité d’une  société marocaine tiraillée entre  plusieurs  registres identitaires. Néanmoins, la violence  avec laquelle cette complexité s’est exprimée ces derniers temps est tout à fait atypique pour ce pays que nous aimons appeler, parfois, « Bladskizo ».

 Le concept de Bladskizo, et au delà du côté péjoratif et moqueur que nous voulions lui donner, nous a permis d’exprimer notre façon de vivre ensemble par delà nos ambivalences et dans une certaine forme de respect au regard de nos différences.

Bladskizo, ça veut, entre autres, dire: boire de l’alcool et prier, avoir des relations sexuelles hors mariage et aller à la omra, jeûner et commettre des parjures… 

Bladskizo, c’est, peut être, finalement la coabitation intelligente entre une foi personnelle et une liberté individuelle qui a du mal à s’assumer et qui s’exerce souvent à l’abri des regards.

Bladskizo, c’est un peu la phase adolescente dans le processus de maturité d’une société où chacun cultive son jardin secret et commence à tracer les contours de sa personnalité.

Je m’improvise psychologue mais j’imaginais que l’âge adulte de notre société serait le moment où elle s’assumerait telle qu’elle est, au delà  des contraintes sociales et des instrumentalisations politiques qui lui font jouer un double « Je ». Dans ma perception, le maroc évoluait, au fil du temps et des combats, vers une société  adulte, apaisée et qui s’assume.

C’était sans compter les tensions latentes d’une société plus à même à juger l’autre qu’à jeter un regard introspectif sur elle meme, qui sont venues nous exploser au visage à force de discours moralisateurs et de privation des libertés les plus élémentaires sous prétexte, selon les protagonistes, que c’est hchouma, haram ou que, nous, peuples marocains, ne sommes pas prêts à vivre libres et en démocratie.

Au lieu de nous laisser grandir, cette mise sous tutelle nous infantilise… 

Il est temps pour chacun de nous de reprendre son avenir en main et de faire grandir ensemble ce pays, par essence, pluriel, et de cultiver nos différences. La vie serait tout de même d’un tel ennui si nous n’étions que les tristes reflets les uns des autres.

Par Nada El Harif, Militante progressiste.