D’aucuns font l’amalgame et laissent croire à cette dichotomie que l’austérité est l’antithèse de la croissance. Bien sûr, il faut entendre par austérité, une politique de rigueur et d’optimisation des dépenses publiques. L’autre précision sémantique voudrait que « austérité »- moyen technique d’assainissement des comptes publics ne soit pas confondue à «austéricisme» qui revient à faire de l’austérité une doctrine ou la panacée.

Le Maroc ne pouvant équilibrer son budget par les produits (recettes), il n’a d’autre alternative que de faire des coupes drastiques dans les charges de fonctionnement (dépenses publiques). Celles-ci, toujours grandissantes et dépassant les prévisions, ce sont les investissements publics qui en pâtissent, contraignant ainsi l’Etat à toujours reporter aux calendes grecques les projets structurants, pour ne pas aggraver les déficits.

C’est ainsi que les investissements publics dans notre pays ne sont jamais –et c’est une règle- réalisés à plus de 55 et au mieux 60% des prévisions. Et, je n’insisterais jamais assez, pour dire que la rubrique budgétaire «  investissements publics » s’inscrit dans la logique d’une variable d’ajustement, au gré de la configuration des dépenses publiques et surtout de la conception du Budget Général de l’Etat Marocain.  

Pour ne pas creuser davantage ses déficits budgétaires, le Maroc a besoin d’une grande cure de rigueur, indispensable aujourd’hui, plus que par le passé, pour qu’il ne cogne pas au mur du défaut (incapacité à honorer ses dettes) et perdrait son rating BB-.

Je suis de ceux qui croient, contrairement aux idées préconçues, que l’austérité, au sens de rigueur, pourrait constituer un levier inestimable à l’investissement public et par ricochet impulse la croissance. Aussi et pour éviter ce dilemme- austérité VS croissance- il me paraît judicieux voire nécessaire d’isoler la rubrique investissement du compte global des charges générales de fonctionnement de l’Etat, pour traiter, ainsi, les dépenses ayant trait aux investissements publics à part, tout en les soustrayant (excluant) et l’exonérant de tout plan d’austérité éventuel.

A contrario, un renforcement des économies de charges du budget de fonctionnement qui ne crée aucune valeur, dans le sens de richesse nationale est désormais un impératif salvateur ?

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA