Dans cet entretien accordé au magazine LavieEco, Mme Béatrice Beloubad, Directrice nationale de l’association SOS Villages d’Enfants – Maroc, défend l’approche « Familles d’accueil » comme mode alternatif de prise en charge des enfants sans soutien familial n’ayant pas bénéficié de la Kafala. A préciser que l’approche « Familles d’accueil » a été développée au Maroc par plusieurs ONGs. Lesquelles forment le Collectif Familles d’Accueil qui a pour objectif principal de plaider pour la mise en place d’un cadre juridique spécifique à ce protocole d’intervention qui semble avoir atteint un bon niveau de maturité. A rappeler que le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant consacré par la CDE , veut que ce dernier vive dans un milieu familial et que son placement en institution soit une mesure de dernier recours. AnalyZ

Ci-après l’entretien réalisé par Aziza Belouas, journaliste à LA VIE Éco:

«Pourquoi dans un pays comme le Maroc, où d’importants chantiers économiques et sociaux sont entrepris, persiste la problématique des enfants abandonnés ?»

La Vie éco : Les enfants sans soutien familial : une cause que vous défendez depuis 35 ans à SOS Villages d’Enfants. Combien d’enfants accompagnez-vous ?
Aujourd’hui, SOS Villages d’Enfants Maroc, active depuis 1985, accompagne quotidiennement, à travers l’ensemble du pays, près de 800 enfants ayant perdu la prise en charge parentale. Et ceci se fait à travers trois programmes d’intervention : la protection des enfants ayant perdu leur famille, la prévention auprès des familles vulnérables et l’insertion socioprofessionnelle des jeunes. L’association a ouvert au Maroc cinq villages d’enfants situés à Ait Ourir près de Marrakech, Imzouren prés d’Al Hoceima, Dar Bouazza, El Jadida et Agadir.

Les 800 enfants sont-ils tous hébergés dans les divers villages ?
n Non, dans la mesure où nous avons plusieurs dispositifs de prise en charge. Ainsi, 562 enfants bénéficient d’une prise en charge intégrale au sein de nos cinq villages et 265 autres, avec leurs mères, bénéficient des programmes de renforcement de la famille. Et enfin, 412 jeunes issus des villages d’enfants sont à présent autonomes et indépendants.

En quoi consiste le programme de renforcement de la famille ? 
Ce programme, mis en place depuis 12 ans, vient en aide à des mères seules qui n’arrivent pas à élever leurs enfants dans des conditions décentes. Il s’agit donc de familles monoparentales où les mères sont veuves, divorcées ou célibataires. Afin de stabiliser les enfants dans leurs familles biologiques et leur donner des repères, nous avons engagé ce programme qui concerne aujourd’hui 680 familles et 1 500 enfants. Nous avons une moyenne de 2,5 enfants par famille. Le programme permet aux mères d’avoir une activité génératrice de revenus, de faire les procédures pour enregistrer les enfants à l’état civil et de scolariser les enfants. Aussi, pour aider ces femmes, nous avons lancé une formation de nourrices qui s’occupent de leurs enfants afin de leur permettre de travailler.

C’est lorsqu’il n’y a pas de famille biologique connue que le placement en famille d’accueil peut être envisagé ? 
Exactement, c’est une bonne solution en l’absence de famille biologique car tout enfant a droit à un foyer et à une famille. Heureusement, plusieurs juges aujourd’hui commencent à prendre conscience de cela et décide donc du placement en famille d’accueil. Car, il faut préciser que celui-ci se fait sur décision judiciaire. On peut dire qu’à Agadir, par exemple, le dispositif fonctionne très bien. La famille d’accueil permet à l’enfant d’acquérir les basics de la vie quotidienne. C’est pourquoi nous nous mobilisons au niveau du Collectif pour le plaidoyer pour un cadre juridique de ce dispositif. Si l’on arrive à faire aboutir le projet, nous contribuerons un peu à remédier à cette problématique des enfants abandonnés. Elle est lourde à porter et nous ne savons pas pourquoi, au Maroc où plusieurs chantiers sociaux et économiques sont engagés, rien n’est fait sur ce sujet…

On peut dire également que les programmes que vous avez développés sont lourds à porter pour votre association notamment au niveau financier…
En effet, l’une des difficultés majeures dans la prise en charge des enfants abandonnés sont les moyens financiers. Aujourd’hui, 90% de nos fonds proviennent des dons de nos partenaires, notamment des entreprises et des particuliers. Pour ces derniers, nous avons, depuis trois ans, le PAB, «le prélèvement automatique bancaire» pour lequel optent plusieurs personnes physiques qui nous accompagnent régulièrement en versant des dons chaque mois. Et c’est justement pour collecter des fonds que nous organisons ce samedi 20 avril une soirée caritative et nous espérons que le grand public et les entreprises viendront soutenir la cause de ces enfants…

Source: https://www.lavieeco.com/news/societe/enfants-abandonnes-un-cadre-juridique-pour-les-familles-daccueil.html