Homme politique, professeur universitaire mais aussi homme de culture et passionné du cinéma, nous avons rencontré Lahcen HADDAD à Saïdia, il a présidé le jury de la cinquième édition du festival de Saïdia «Cinéma sans frontières», il devait choisir avec les membres du jury, les meilleurs films, interprétation et réalisation des 14 films programmés, 7 longs et 7 courts métrages.

À travers cet entretien, Lahcen Haddad insiste sur l’importance de l’éducation des jeunes pour interagir avec la culture de l’image, l’industrie cinématographique et le chantier de réinvention des salles de cinéma.

AnalyZ : Est-ce que c’était facile de trancher pour décerner le grand prix au film turc Kapan, et pourquoi vous l’avez choisi?

Lahcen HADDAD :Le film Kapan est très bien fait! L’image époustouflante, la narration scénographique bien étudiée et les personnages sont presque peints à la main. Les membres du jury l’on choisit à l’unanimité.

AnalyZ : Les festivals du cinéma au Maroc sont-ils suffisant pour instaurer une culture de l’image chez les jeunes ? 

Lahcen HADDAD :Ils sont importants mais pas suffisants! Il faut avoir plus d’une centaine de festivals et investir les espaces universitaires, les lycées et collèges, la société civile et les communes rurale pour éduquer les jeunes à mieux consommer et interagir avec l’image cinématographique. On utilise mal aussi les médias sociaux (l’outil qu’utilisent plus les jeunes) dans ce domaine. 

AnalyZ : Le Maroc a pu commercialiser la région du sud comme plateforme de production étrangère, à votre avis pourquoi les autres régions n’ont pas eu la chance de Ouarzazate ? 

Lahcen HADDAD :Ouarzazate c’est aussi le désert, une luminosité exceptionnelle, un intérêt ethno graphiste (le Maroc des orientalistes)  de la part des grands producteurs mondiaux depuis des décennies. C’est une marque, un “label”. Mais c’est le cas aussi pour Erfoud, Zagora, Mhamid, les vallées de Ziz et de Draa. C’est  cette richesse qui fait de la région ce qu’elle est. Mais rien n’empêche l’Oriental de s’ériger un rôle égal. Idem pour le Grand Atlas, le Rif, Oued Noun  et Dakhla. 

AnalyZ : Quand on parle du cinéma au Maroc on évoque la production, le soutien de l’état, les salles de cinéma, la crise des scénarios… mais on oublie le spectateur, pourquoi aller voir un film coûte très cher chez nous? 

Lahcen HADDAD :Le cinéma est une industrie; et comme toute industrie elle a besoin de marketing, de publicité…il faut créer le besoin d’aller au cinéma. On peut subventionner les tickets, pourquoi pas; et encourager les jeunes et les moins jeunes à aller aux salles de cinéma. Pourvu qu’on fasse un effort de réinvention de ces salles. Un chantier important pour le cinéma marocain.

AnalyZ : Pourquoi les investisseurs ne s’intéressent pas à la culture, sachant que l’entreprenariat culturel fait gagner beaucoup d’argent en Europe et aux États-Unis? 

Lahcen HADDAD :Les expériences dans ce domaine n’ont pas été encourageantes (les Dawliz, le studio Atlas etc.). Je vais proposer dans la prochaine loi de finances un article qui donne plus d’encouragement aux investissements dans les domaines du cinéma, du livre, de la chanson et des arts. Il faut créer aussi une association des investisseurs dans les domaines de l’art et de la culture pour plaidoyer en faveur d’une politique incitative idoine. Il faut bien étudier le modèle turc. C’est l’état qui est derrière le boom cinématographique turc.