Les idéologies des années 60 du siècle dernier ont profondément infecté la sphère nord-africaine. Nées de la polarisation du monde en deux blocs, collectiviste et « libéral », elles s’appliquaient, jusqu’à la première guerre d’Irak, à servir des slogans enflammés à des peuples qui ne demandaient rien d’autre que la paix, le pain et l’épanouissement des nouvelles générations.

Les sous-traitants de la polarisation que furent non seulement les anciennes puissances coloniales, mais également les coutures diverses et variées du national-arabisme, ont précipité les pays de l’Afrique du nord dans un long feuilleton d’horreurs qui a fini par ouvrir les grandes portes de la Région à toutes les variations du fascisme islamo-takfiriste inspiré par les « fréristes » et les wahhabites.

Il se trouve que je connais de trop près cette région d’Afrique du nord depuis de longues années et que j’ai suivi durant plus de quatre décennies et demi tous les chamboulements qui l’ont frappée.

Ne fus-je pas réfugié politique en Algérie d’octobre 1972 à mai 1973 ?

N’ai-je pas séjourné ensuite en Tunisie durant plus de six mois, jusqu’au jour où la Sécurité de l’Etat m’arrêta un soir d’été au beau milieu de l’Avenue Bourguiba (novembre 1973) avant de m’embastiller, à quelques enjambées de là, au sein même du ministère de l’intérieur durant plus de trois semaines ?

N’ai-je pas été l’ami de la famille Ben Dadda, notamment le Président Mokhtar, son jeune frère Ahmed et leur cousin Si Mohamed ?

Seule la Libye kaddhafienne m’avait échappé en ces temps-là où le rêve démocratique et unioniste habitait mes imprudences dogmatiques –jeunesse oblige !- si tonitruantes.

Bien plus tard, à l’aube des années 80, je fus présenté au « Combattant suprême » qui s’appliquera à m’inviter fréquemment au Palais de Carthage où il m’assénait de longues causeries sur son combat pour l’indépendance de son pays et ses liens avec les classes politiques du monde arabe et de la France, notamment Mendès France qu’il qualifiait de « frère » et dont la photo trônait sur son bureau. Que ne m’a-t-il raconté sur ses clashs avec Nasser, avec Kadhafi, avec les leaders des baâths syriens et irakiens, sans compter ses conseils généreusement dispensés à Hassan II qui les exécrait en multipliant ses bouderies à son encontre !

Bref, Cette Afrique du nord qu’on a démagogiquement affabulé de l’appellation apocryphe de « Grand Maghreb Arabe » m’a été révélée tant sur le terrain par ses élites qu’à travers mes recherches académiques.

A l’hiver de mon existence, et alors que je vois prospérer, notamment à travers les mariages mixtes et la collaboration des élites scientifiques et culturelles, ce même « Grand Maghreb »…dans les pays d’accueil de ses immigrés, je ne rêve que d’une Afrique du nord démocratique et respectueuse des droits des gens où le respect des spécificités de chaque Etat, la complémentarité économique et la libre circulation des idées, des hommes et des richesses feraient dissoudre les susceptibilités, les acharnements dogmatiques et les velléités hégémoniques.

Mes amis Algériens, Mauritaniens, Tunisiens et Libyens qui partagent ce rêve à chacune de nos rencontres sont convaincus, à l’instar du Marocain que je suis, que la Géographie et l’Histoire finiront par avoir le dernier mot face aux mafias et aux impérialismes locaux et internationaux qui ne conçoivent l’Afrique du nord que déchirée et livrée à leur voracité par mafias rentières locales interposées.

Les gouvernants-possédants de chacun de ces pays seront alors pulvérisés par le vent de la démocratie, la vraie, et la modernité, la vraie ! Celles qui aménagent les latitudes toutes pour le respect de la personne humaine, le bien-être de tous et la culture du dialogue.