La finale retour de la Ligue des Champions d’Afrique opposant, vendredi dernier au stade de Radès, l’Espérance Tunis au Wydad de Casablanca, remue le couteau dans la plaie et prouve, sans l’ombre d’un doute, un football africain atone et impotent.

Bien loin de penser mûrement à un sport power dans le cadre d’un panafricanisme sportif, à une stratégie permettant de faire du football un moteur de développement et du rayonnement du continent africain, nous sommes encore en train de débattre des erreurs d’arbitrage, de l’injustice, des problèmes d’organisation, de la violence dans les stades, du fonctionnement (ou pas) de la VAR (assistance vidéo à l’arbitrage), ou encore du manque d’infrastructure sportive.

Aujourd’hui, l’inexistence du sport dans la stratégie de communication et d’influence des États africains, notamment du Maroc, est inadmissible. Pourtant, comme laisse entendre Antonio Porchia, donner est ce que nous aimerions donner, sauf que nous ne pouvons le donner car nous ne le possédons pas. Ceci dit, quoi de plus logique que de souhaiter faire du sport un outil stratégique d’influence et de rayonnement de l’Afrique ? Mais comment peut-on y parvenir avec des souhaits et sans aucune diplomatie sportive bien pensée ?

En effet, c’est autour du football que les premières manifestations panafricaines ont vu le jour, notamment sous la présidence de Gamal Abdel Nasser et Kwame Nkrumah (Augustin, 2010). En 1959, la Confédération Africaine du Football (CAF) a été créée comme une forme du panafricanisme sportif politique, traduisant ainsi la volonté d’affirmer une identité africaine à partir d’une collaboration sportive entre les États. À ce moment-là, la CAF devait contribuer à la lutte contre le colonialisme (Mbengalack, 1993). Le Conseil supérieur des Sports Africains (CSSA), lui, a été créé à Bamako dès 1966 afin de contribuer à l’essor du sport en Afrique et à la constitution de zones sportives à l’intérieur du continent. Il s’est engagé par la suite dans une perspective politique lui permettant de devenir, en 1977, un organe technique de l’Organisation de l’Unité Africaine, puis l’interlocuteur privilégié de l’UNESCO, avant son démantèlement en 2014.

D’après ce panorama rapide de faits, l’idée d’un panafricanisme sportif ne date pas d’aujourd’hui. Cependant, le continent semble être très en retard sur la question et manque de dispositif de gouvernance et de vision. Pour le dire simplement, l’Afrique a besoin d’abord et avant tout de renforcer son écosystème sportif et de développer surtout des valeurs de coresponsabilité et de fair-play.

Quoique le sport africain soit encore dominé de par, entre autres, sa dépendance vis-à-vis des institutions occidentales (Andreff, 1988), un panafricanisme sportif, conçu selon les règles de l’art, fera certainement la force de l’Afrique à mon sens.

Le sport devrait ainsi conférer aux nations africaines une audience qui leur serait difficilement acquise dans d’autres domaines. Le Maroc, comme tout pays africain, gagnerait à investir dans une politique sportive réfléchie et cohérente qui fera du sport un instrument de soft power et une arme d’influence décisive. Chaque État africain est amené, in fine, à mettre en place une diplomatie sportive qui, elle, sera par suite en faveur du continent africain sur la scène internationale.

Habiba El MazouniAnalyste et Consultante en politiques publiques. Co-fondatrice de la plateforme AnalyZ