D’origine latine- gubernare- c’est à dire tenir un gouvernail, le concept de gouvernance a été forgé au départ pour qualifier comment un Etat exerce son pouvoir et gère ses ressources. L’un des principes fondamentaux de la gouvernance est la transparence.

Cependant, force est de constater que, dans notre pays, la transparence dans nos entreprises, aussi bien privées que publiques demeure l’exception qui confirme la règle, l’opacité. Le grief d’opacité vaut aussi pour notre Etat qui n’offre pas la meilleure valeur d’exemple. Je n’en veux pour preuve que le processus d’élaboration et de suivi des finances publiques.

Le budget ne fournit au citoyen que des informations parcellaires et étriquées car sans précision ni au moment de la préparation, ni à la promulgation ni à la clôture. En clair, il n’est présenté au citoyen que les rubriques « recettes » et « dépenses », sans objectifs précis et identifiables.

Ainsi l’Etat décrète sa loi des finances sans publication de rapport pré-budget, sans point d’étape sur les réalisations en milieu d’exercice et sans états de consolidation audités à la clôture.

Devant l’absence de rapport de contrôle ou d’auditions sur le budget de l’Etat ouvertes au public, surgissent autant de questions, légitimes de surcroît, quant au degré de résistance du budget de l’Etat, et le cas échéant les plans « B  » du gouvernement, pour affronter l’adversité et les retournements de conjonctures éventuels tant sur les revenus que sur les dépenses. Rappelons-le, les crises naissent des réactions irrationnelles des acteurs face à l’incertitude dont la meilleure nourrice reste l’opacité.

C’est dire que l’environnement financier tant micro que macro dans notre pays n’encourage ni n’incite, tant s’en faut, à la transparence. Et c’est justement cette opacité qui pénalise le Maroc en terme d’atouts compétitifs et discriminants, pour qu’il puisse se hisser parmi les meilleures offres environnementales de  » business opportunities « .

Le Maroc ne peut accéder à la gouvernance politique sans qu’il n’ait au préalable entamé et réussi sa gouvernance économique qui passe nécessairement par l’épreuve de la transparence.

Peut-on parler de gouvernance, lorsque nos finances publiques sont mal en point?

Peut-on parler de gouvernance, lorsque notre balance commerciale traîne des déficits abyssaux, et ce n’est pas fini ?

Peut-on parler de gouvernance, lorsque nos réserves en devises n’ont pas fini de s’effriter?

Peut-on parler de gouvernance devant ces moult mis-match des indicateurs de performance que communiquent entre HCP et BAM d’un côté et le gouvernement de l’autre ?

Peut-on parler de gouvernance, lorsque le budget de fonctionnement de l’Etat est sans commune mesure avec le niveau de croissance de notre PIB ?

…Etc.
Le mot de la fin :

Ne faut-il pas songer à réformer l’Etat au vu de l’utilité et de l’efficacité de ses organes, dont les uns n’ont plus qu’une valeur historique et les autres n’étant que des doublons?

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA