Par Mohamed LAROUSSI

« Face aux préjugés de l’opinion publique à laquelle je n’ai jamais fait de concessions, je continue de faire mienne la devise du Grand Florentin : « Poursuis ton chemin, et laisse dire les gens ».  

Cette phrase est de Karl Marx et figure dans la première édition du Capital publiée en 1867. Donc, elle ne date pas d’hier. Si je vous l’ai sortie aujourd’hui, ce n’est pas pour jouer à l’érudit ni pour rappeler mes anciennes références marxistes, mais pour exprimer l’exaspération indescriptible que je ressens ces derniers jours en entendant tout ce qui se dit et tout ce qui se discute, chez nous, à propos de la guerre lancée par la Russie de Poutine contre l’Ukraine, sa voisine et cousine.

Je sais que cette affaire est très complexe notamment parce qu’elle met en jeu énormément d’éléments et d’intérêts d’ordre géostratégiques. Justement, c’est parce qu’elle est si complexe qu’il faut éviter les opinions trop évidentes et les raccourcis trop simplistes. Or, c’est ce que j’entends tout le temps autour de moi ou bien que je reçois sous la forme de messages, de dessins ou de vidéos, parfois d’amis ou de proches que je croyais plus vigilants ou peu sensibles aux déductions faciles et aux comparaisons hâtives. 

Oscar Wilde a dit un jour que « L’opinion publique est celle de ceux qui n’ont pas d’idées ». Moi, je n’irais pas jusque-là, et je dirais plutôt que l’opinion publique est celle qu’on se répète tous les jours.

On pourrait me corriger : l’opinion publique est celle qu’on lui répète tous les jours. 

Oui et non. Oui, c’est vrai, que l’opinion dite publique était souvent le résultat de tout ce que les médias, notamment publics, étatiques, martelaient du matin au soir. Mais, ça, c’était avant, c’est-à-dire du temps où nous n’avions qu’une seule chaîne de télévision et une seule radio, ou deux si vous voulez, et qui faisaient la pluie et le beau temps, le bruit et le slence.

C’était ça ou rien. Or, depuis déjà de nombreuses années, nous avons la possibilité et l’opportunité d’avoir accès à d’innombrables sources d’informations, plus ou moins objectives, plus ou moins indépendantes, ou plus ou moins orientées. Ce n’est pas l’idéal, certes, mais c’est quand même mieux. Donc, en ce qui nous concerne, même si nos informateurs publics, étatiques, voudraient nous manipuler avec des infos qui les arrangeraient, ils ne pourraient plus le faire, pour une raison très simple : ils ne sont plus les seuls. 

Et puisqu’on parle de nos médias publics, auxquels on pourrait ajouter les assimilés, ou les dits privés, on constate, une fois de plus, que quelle que soit la gravité des événements qui peuvent se dérouler quelque part dans le monde, il y a une règle quasi immuable qui est appliquée : si nous ne sommes pas directement concernés, autrement dit, si ça ne nous regarde pas, et surtout tant que nos intérêts « nationaux » n’en pâtissent pas, il vaut mieux rester « neutres ». Traduction : ne pas l’ouvrir.

Alors, comment voulez-vous que l’opinion publique soit bien informée, si l’État lui-même ne fait rien pour le faire, préférant soit le silence total, soit l’absence de commentaires et d’analyse ? En attendant, le public, ou si vous préférez, le peuple, pour satisfaire sa curiosité et pour pouvoir manifester sa solidarité, ou pas, va aller chercher ailleurs. Et ailleurs, il trouve de tout.

En vérité, chacun cherche ce qu’il a envie de trouver. Si certains vont aller à la recherche d’informations, d’explications et d’analyses dans des médias plus ou moins professionnels ou des sites électroniques plus ou moins crédibles, pour se faire une idée plus ou moins exacte, d’autres, peut-être la majorité, me semble-t-il, se contentent des vidéos bidonnées par des individus à l’affut de gains faciles ou bien fabriquées par des officines dédiées à ce type de missions manipulatrices. Résultat, un brouhaha brumeux et fumeux.

Tout le monde croit tout savoir et a réponse à tout, alors que presque personne n’est capable de donner le début du commencement de l‘ébauche de la moindre idée objective, ou, au moins, un peu éclairante. 

A qui la faute ? Je ne sais pas. Moi, je n’ai pas une réponse à tout. Par contre, ce qui m’exaspère et m’irrite au plus haut point, c’est qu’on continue d’accuser toujours les mêmes ennemis désignés, ad vitam æternam, comme les seuls et uniques responsables de tous nos maux, nationaux, mais également de tous les malheurs dont souffriraient nos éternels et naturels amis et alliés, bien entendu, arabes et musulmans. Les pauvres ! 

Je vous souhaite quand même un très bon week-end pluvieux et néanmoins chaleureux, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.