Le 13 mai dernier, le chef du gouvernement Saâdeddine El Othmani a présenté le bilan d’étape de l’action gouvernementale 2017-2019. Le développement territorial figure, tout naturellement, parmi les principaux axes.

Passons en revue, à cet égard, les principales réalisations quant au chantier de la régionalisation avancée. En effet, le gouvernement a étoffé l’arsenal juridique régissant les collectivités territoriales (CT) en adoptant 71 décrets d’application des lois en question. Les régions bénéficient désormais de transferts financiers du budget de l’État d’un total de 8,4 milliards de dirhams. En outre, plusieurs actions ont été entreprises tant au niveau de l’organisation du travail des CT qu’au niveau de l’accompagnement et du suivi de l’avancement des projets de développement territorial. Le gouvernement s’est employé également à mettre en place un cadre de référence pour la planification territoriale afin de développer un urbanisme durable et prospectif.

Jusque-là tout est bien, même très bien ! Mais concrètement, qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi les disparités régionales continuent-elles à s’aggraver ? Et dans quelles mesures cette nouvelle action publique permettra-t-elle une participation citoyenne responsable et un développement territorial inclusif ?

Nous savons pertinemment que chaque gouvernement, nouvellement mis en place, hérite des séquelles lourdes aussi bien sur le plan socio-économique que politique. Mais au lieu de calculer les défaites des anciens gouvernements, nous attendons de nos décideurs qu’ils fassent de ces défaites des victoires et qu’ils tracent une vision et un plan d’action pour les surmonter. C’est ça le véritable pouvoir. Le pouvoir, c’est pouvoir trouver des solutions là où les choses s’avèrent bloquées, et non pas un simple analogue de puissance ou encore de prestige.

La régionalisation, au-delà d’un cadre juridique, des schémas et programmes régionaux, des organismes et des dispositifs de suivi… est une question de volontarisme d’abord et avant tout. Il n’y a pas de territoire pauvre. Il y a que des territoires sur lesquels on a réfléchi et dans lesquels on a investi, et d’autres qu’on a perdu de vue, refusant de redécouvrir leurs potentialités cachées.

Pour aboutir aujourd’hui à des changements profonds dans le cadre de la politique régionale que prône le Maroc, il serait judicieux de remodeler le modèle économique et réorienter les investissements sous un nouvel esprit, de nouveaux repères et une nouvelle vision des choses.

Par ailleurs, la régionalisation avancée permet par définition de favoriser le rapprochement des politiques publiques et des habitants. Elle implique ainsi une approche ascendante. À cet effet, le pouvoir devrait être un pouvoir citoyen ; le pouvoir de penser, de produire et d’agir en faveur du développement de nos territoires. Pourtant, nous sommes aujourd’hui dans des logiques où nous ne croyons plus à rien. La priorité devrait ainsi être accordée à la reconstruction de la confiance entre citoyens et décideurs. Une confiance qui a plus de chance d’être renouée si nous arriverons à concrétiser les investissements et à passer du stratégique à l’opérationnel. Vous l’aurez compris, la responsabilité est aussi citoyenne, une responsabilité partagée qui laisse place à l’émergence d’un sentiment d’appartenance à un corps social.

In fine, je le dis et je le redis, la réussite du processus de la régionalisation dépend principalement de la richesse humaine à qui revient le mérite de s’approprier tout projet de développement territorial durable et inclusif.

Habiba El MazouniAnalyste et Consultante en politiques publiques. Co-fondatrice de la plateforme AnalyZ