Rien ne ressemble plus à une flagellation qu’une tentative de comprendre le malaise des élites marocaines en cette fin de décennie. Nous sommes face à un déphasage inquiétant, une crise de valeurs sans précédent, un déficit criant de confiance dans les institutions, une morosité sociale préoccupante, un climat lourd de suspicion et, avec en prime, un fléau dévastateur pour le pays: la médiocratie.

En réalité, la médiocratie semble avoir des effets néfastes dans tous les secteurs. De l’élite politique à l’élite médiatique ou diplomatique, en passant par celle des affaires. Il y a aussi une incidence sur le développement social, la recherche, l’éducation, la santé,  l’agriculture, les arts et la culture ou le sport… Elle est une dégradation où la platitude est érigée en modèle de gouvernance surtout quand le médiocre pèse dans la chaîne de décision ou inspire les hautes autorités sur des questions stratégiques pour la nation.  

Un médiocre est généralement le premier à vous parler de compétences, de qualité, de performance et d’excellence. Il est toujours alerte pour écarter ses semblables médiocres, car il craint la concurrence loyale. Il sait aussi dénigrer pour décrédibiliser les compétents et les talents car, il craint surtout la concurrence déloyale. Les compétences ne peuvent que lui rappeler sa propre médiocrité et signaler son inutilité. Or un médiocre n’est jamais à sa position et ignore l’intérêt général. 

Attention, le médiocre n’est pas un incompétent accompli. C’est plutôt un professionnel de la dissimulation de ses insuffisances. C’est un « moyen » mais parvenu, très apprécié par ses supérieurs, car il assimile et exécute vite les ordres. Et même s’il n’est pas compétent, il connaît toujours des compétents à vampiriser pour se valoriser en s’attribuant les idées des autres. Il maîtrise le jeu de masques, l’adaptation et la compensation par tous les moyens et en toute circonstance et sans état d’âme.   

Vous cherchez un médiocre ?  Il suffit de lever la tête,  ils sont à tous les étages. Dans les ministères,  les administrations,  les banques,  les radios, dans la presse,  à la télévision, dans les stades,  les gares,  les hôpitaux, les cliniques,  les écoles, les universités, les hôtels, et beaucoup dans les partis politiques, les syndicats,  les associations,  les institutions, dans les think tank,  dans la diplomatie, les entreprises, la communication, le cinéma ou la publicité.  Nous en faisons peut être partie vous et moi !

Le pire c’est quand le médiocre se double d’un parasite ou d’un flatteur.  Mais le recours aux « compétences moyennes » ne peut qu’entraver l’élaboration des orientations nécessaires et leur mise en œuvre et donc l’avenir des grands chantiers et dossiers de la nation.

Seule alternative aux effets de la médiocratie, une dose de méritocratie. Car la conjoncture actuelle suppose incessamment l’émergence d’une élite connectée et l’ouverture des pôles d’actions aux compétences réelles en mesure de redynamiser la production des idées neuves afin de sortir du malaise de nos élites déconnectées et du marasme général que vit le pays depuis le mouvement du 20 février. 

NB Le terme Médiocratie était déjà utilisé au XIX Siècle. Il désigne une organisation marquée par des compétences moyennes

Par Boubker Bendine Taoufik ,Consultant médias et diasporas