Pendant que la bataille de Tripoli bat son plein, le chef du gouvernement d’Accord national en Libye, Fayez al-Serraj, a dépêché à Rabat son envoyé personnel, Juma al-Qamati, pour s’entretenir avec les autorités marocaines des derniers développements politiques et militaires sur la scène libyenne. 

Et pendant aussi que le maréchal Khalifa Haftar, chef incontesté de la Cyrénaïque, cherche et obtient du soutien financier et logistique de son voisin égyptien al-Sisi ainsi que du côté d’Abu Dhabi et de Ryadh, les représentants du gouvernement légitime, reconnu par la communauté internationale, optent, eux, pour la légalité internationale et cherchent plus conseil auprès de leurs alliés et amis qu’uniquement des armes. 

Et c’est tout naturellement vers le Maroc que se sont tournés les dirigeants libyens représentant le gouvernement d’Accord national -de Tripoli- avec comme seul leitmotiv privilégier l’intérêt suprême et s’engager sérieusement dans le processus politique tracé par les Nations unies et défendu par Ghassan Salamé, le représentant spécial du secrétaire général Antonio Guterres. 

Pour l’envoyé personnel de Fayez al-Serraj, Juma al-Qamati, le référentiel est un et un seul : les Accords de Skhirat demeurent, selon lui, le seul cadre légitime à même de faciliter une issue favorable à la crise libyenne. Car, et du propre aveu du chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, le Maroc suit avec une profonde préoccupation l’évolution de la situation en Libye, notamment à la lumière de l’escalade militaire qui a atteint la banlieue de Tripoli, et qui peut conduire à des tragédies humanitaires et des répercussions sur la stabilité de toute la région. 

Si toutes les parties, à l’exception du maréchal Haftar et de ses alliés, sont d’accord pour dire que l’option militaire consiste uniquement à compliquer davantage la situation en Libye et à affecter la stabilité et la sécurité des citoyens, et qu’elle ne peut donc constituer une solution à la crise libyenne, Juma al-Qamati a déclaré s’être rendu spécialement au Maroc parce que le royaume jouissait d’une crédibilité certaine, d’une influence et d’un rayonnement tels que Rabat pouvait jouer un rôle non négligeable, comme par le passé, dans l’examen de pistes nouvelles en vue d’une transition démocratique et sans heurts dans ce pays stratégique d’Afrique du Nord et du bassin méditerranéen.

 Abdellah El Hattach, Analyste et Consultant en stratégie et affaires publiques