Par Ilyas El Omari

Suite à la propagation rapide de la pandémie COVID-19, l’humanité submerge dans une nouvelle expérience sans précédent. De plus, nous ne savons toujours pas qui était le «patient zéro»; la première personne infectée et ayant transmis le virus aux autres. La gravité de ce dernier, ayant sidéré le monde entier, réside non seulement dans le retard des laboratoires à trouver un vaccin efficace et efficient, mais aussi dans le fait que les mesures prises pour le contrer diffèrent considérablement de ce qui avait été précédemment adopté pour affronter les différentes crises, qu’elles soient sanitaires, politiques, sociales ou économiques.

Incontestablement, la pandémie COVID-19 changera le visage de la société humaine, et nous accule d’ores et déjà à poser des questions de grande importance. Dans ce sillage, le changement n’affectera-t-il que les systèmes de santé ou s’étendra-t-il aux modes de consommation, aux systèmes de valeurs, aux régimes politiques et aux systèmes juridiques, entraînant ainsi la chute des immenses empires financiers et économiques ? Les transformations majeures que le monde subira seront-elles déterminées par la manière dont nous nous remettrons des effets de cette situation ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le problème ne réside pas uniquement dans le COVID-19 en tant que tel, mais plutôt dans la peur, la panique et la terreur qui génère; tellement amplifié par les médias comme s’il s’agissait d’un véritable apocalypse. En effet, les méthodes utilisées pour gérer la crise dans le monde sont quelque peu similaires aux mesures préconisées par la Chine; pays où le virus a émergé.

Dans une certaine mesure, la Chine a réussi à freiner la propagation du virus, ou du moins le contenir, grâce à l’esprit de discipline de son peuple, et grâce à son infrastructure sanitaire, à la pléthore de centres de recherche et de laboratoires, et à la capacité de contrôler les sources d’information dès le début. La plupart des autres pays ont perdu un temps précieux après l’apparition des premiers cas, s’appuyant sur le contrôle juridique et sécuritaire pour faire face à la pandémie et contrecarrer les informations qui prolifèrent à son sujet, plutôt que de créer une entité unique pour diffuser des informations appuyées par la science.

La crise actuelle n’est pas uniquement liée à la pandémie. Il s’agit plutôt des conséquences “far-reaching” sur le comportement humain. S’attaquer à ces répercussions ne devrait pas se limiter à prendre des mesures coûteuses ad hoc limitées à la situation actuelle, mais devrait nous inciter à réfléchir à la mise en place des actions innovantes qui dépassent la pandémie.

Des mesures telles que l’implémentation du caractère obligatoire du confinement, la promulgation de nouvelles lois pour gérer la pandémie, l’utilisation d’outils modernes de formation en ligne et de télétravail, la garantie d’un niveau de vie minimum pour tous, l’octroi de prêts, l’exonération du paiement des factures d’eau et de gaz et des taxes, l’aide aux chômeurs, et le recours aux forces armées pour contribuer aux mesures de sécurité pendant l’épidémie a coûté des milliards de dollars aux pays. Ce sont des fonds qui auraient pu être investis dans des infrastructures ou d’autres grands projets, mais qui ont désormais été utilisés pour répondre aux besoins immédiats de la population.

La pandémie changera radicalement le monde moderne, conduisant à trois résultats probables.

Le premier résultat

Une nouvelle théorie sera intégrée dans la science politique à l’avenir. En effet, les légitimités traditionnelles dans les systèmes de gouvernement, qui dérivent des urnes, de la légitimité héréditaire ou de la religion, commencent à décliner, laissant la place à une nouvelle théorie appelée la « théorie des réalisations ». Depuis la révolution culturelle de Mao Zedong dans les années 1960, la Chine a travaillé sur cette légitimité émergente étant donnée que le Parti communiste chinois se distingue du reste des partis communistes dans le monde.

Le deuxième résultat

Le conflit traditionnel entre les informations erronées et les informations correctes se transformera en conflit entre des informations convaincantes et des informations moins convaincantes, car les arsenaux juridiques et les outils de contrôle ne sont plus efficaces dans la diffusion et la prévalence d’informations correctes. La méthode de production de l’information et de choix de son canal de diffusion devient un moyen de la transformer en information convaincante, qu’elle soit vraie ou fausse.

Le troisième résultat

Le processus de surveillance des personnes passera du contrôle externe au contrôle interne à l’aide de smartphones. C’est aussi ce qui s’est passé en Chine, pour limiter la désinformation sur le COVID-19 à ses débuts et à titre préventif en l’absence de vaccin. Ces appareils intelligents sont devenus des outils efficaces pour mesurer les réactions des citoyens à la maison vis-à-vis ce qui se passe dans leur environnement.

Une révolution humaine à venir

L’humanité traverse aujourd’hui une révolution du genre qui ne s’est produite que trois fois auparavant : Premièrement, après la découverte du feu; deuxièmement, avec l’avènement de l’agriculture; et troisièmement, après la révolution industrielle. Le signe le plus important de cette « quatrième révolution » est la prédominance des nouvelles technologies et la suprématie des moyens de communication modernes, qui ont engendré un conflit entre deux concepts majeurs d’utilisation d’Internet. Le premier peut être décrit comme une perception sociale avec une connexion humaine, tandis que le second se réfère à une perception asociale, voire sauvage et débridé. La première est susceptible de gagner ce conflit, car cette révolution humaine distingue notre existence sociale et nos vieux comportements. Au-delà du système de valeurs actuel, cette perception aura des implications politiques et économiques.

La phase post-épidémique verra la genèse d’un nouvel être humain dont le comportement et la pensée quotidiens seront différents de ce qu’ils étaient avant l’épidémie COVID-19. Les systèmes politiques, juridiques et économiques devront s’adapter à ce nouvel être humain. Malgré l’importance des mesures de sécurité actuelles mises en œuvre dans le monde entier, il est impératif que celles-ci soient intégrées dans une réflexion globale post-pandémique. En fait, nous nous retrouverons face à une génération qui pense différemment de la génération pré-pandémique.

Compte tenu de l’impact du COVID-19 sur les comportements individuels et collectifs de la société et de l’État mais aussi sur la guerre infrmationnelle, il est nécessaire de garder à l’esprit le monde post-pandémique en ce qui concerne, notamment, la prise de décisions. La tempête COVID-19 passera et l’humanité survivra, malgré la perte de nombreuses vies. L’humanité vivra bientôt dans un monde très différent de celui d’avant le virus. Cependant, la pandémie réussira là où les autres mouvements du XXème siècle ont échoué dans leur lutte pour instaurer la démocratie et les droits humains et préserver un environnement sûr pour tous.

Ilyas El Omari, Président de ORF – Observer Research Foundation, Africa. Politicien et Activiste des droits de l’homme.

Article traduit de l’anglais par la rédaction, depuis : https://www.orfonline.org/expert-speak/a-new-human-being-will-emege-in-the-post-covid-19-world-64275/