La gauche est une trajectoire politique et sociale dont le mot d’ordre est la remise en question d’absolus normatifs, à connotations religieuses ou économiques. Elle vise la construction de projets collectifs dans des environnements sociétaux hétérogènes où la notion de classes sociales n’a plus de sens et où la valeur « travail » est tellement altérée qu’il est devenu très difficile d’impulser une prise de conscience collective, mobilisée autour d’un projet de société différent de celui qui prévaut aujourd’hui où le pragmatisme l’emporte sur l’idéologie.

Être de gauche, c’est avoir une vision politique des relations sociales pour comprendre comment réorganiser la société en vue de la libérer des rapports de domination.

Être de gauche, c’est récuser le libéralisme et le diktat du marché. A nuancer ici la position collectiviste que prône la gauche « révolutionnaire » de celle qu’adopte la social-démocratie qui, elle, scande la régulation du marché en fonction de l’intérêt général . Sur le chapitre économique, la gauche révolutionnaire taxe la social-démocratie de droitisation en l’affublant du nom de « social-libéralisme ».

La gauche se veut plus attentive vis à vis des plus vulnérables, donc plus moraliste que la droite qui privilégie la réussite individuelle même si celle-ci est détrimentale au collectif. C’est ainsi que la justice sociale est au cœur des revendications de la gauche pour améliorer le sort des plus faibles, au moment où la droite lui préfère la charité qui demeure là aussi un acte individuel.

Après ce petit descriptif, chacun pourra apprécier à sa juste valeur le discours de la gauche Marocaine, car l’on ne juge pas un homme politique au label partisan qu’il affiche, mais à ses actes et actions concrètes dans l’amélioration du sort de chacun et des perspectives d’avenir qu’il porte.
Quel est le logiciel intellectuel de la gauche Marocaine?

Elle ne jurait que par l’assemblée constituante et le « pouvoir  au peuple » dans les années 60-70 avant que ces revendications ne sombrent dans l’oubli.

Aujourd’hui, la gauche reparlera sans doute d’égalité, de droits et de l’ordre juste, sans tellement savoir si ces mots ont un impact sur le quotidien des gens. Nous sommes en droit de nous interroger sur le sens de ces mots et s’il ne s’agissait en fait que d’un sentiment de révolte qui se transmet de génération en génération. Nous ne connaissons pas de littérature de la gauche Marocaine sur les questions d’aujourd’hui telles l’économie verte, la décroissance, le numérique, l’énergie propre……etc

La gauche, au Maroc, en est réduite aujourd’hui à des mouvements sociaux disparates agrippés à des logiciels du siècle dernier, n’offrant aucune expérience participative probante pour impulser un nouveau mode de pensée et de vivre.

Notre gauche peut-elle, aujourd’hui, brandir des credo d’antan sans retomber dans ce que qu’Henri Meschonnic nomme le « bois de la langue …… ce bois dont on a plein la bouche, au point qu’on ne sait plus s’il est en nous et que nous devenons de bois, ou si nous sommes perdus dans la langue comme au fond d’un bois. »!

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA