Notre gouvernement se trompe lourdement quand il entend régler le problème du déficit budgétaire, par l’adoption d’une approche d’ajustement comptable, alors qu’au-delà de la mécanique des recettes et des dépenses, c’est toute la stratégie de développement économique qu’il va falloir revoir.

1- Quand on veut réduire la charge salariale des fonctionnaires, il ne suffit pas de geler les salaires et les recrutements, Il faudrait surtout une réelle refondation de la fonction publique.

2- Quand on cherche à juguler les dérapages de la caisse de compensation, il ne suffit pas d’augmenter les prix des carburants, mais il faudrait implémenter tout un système de protection sociale fondé sur le ciblage des plus fragiles et des plus exposés à la précarité, en leur offrant des opportunités d’autonomie progressive à travers des activités lucratives.

3-L’augmentation des recettes ne peut se cantonner à l’amélioration de la collecte des impôts, mais elle doit être accompagnée d’une stratégie pour impulser le tissu industriel pour le rendre plus productif afin qu’il génère davantage de recettes fiscales.

Nous le savons, notre gisement fiscal est tributaire des performances de nos entreprises nationales. C’est dire tout le travail qui reste à faire en termes de mise à niveau de l’environnement et du climat des affaires, en termes de réglementations administratives, d’accès au crédit et de concurrence à armes égales qui plombent l’élan entrepreneurial de nos entreprises qui recourent, par réaction aux faits du prince dont bénéficient d’aucuns, à la non-transparence, à la sous-facturation voire à l’informel.

En conclusion, le redressement du déficit budgétaire nécessite une refonte de tout notre pattern économique à commencer par la réduction à la portion congrue du coût des services de l’Etat, un Etat qui coûte cher aux contribuables.

Dès lors, l’approche consistant à améliorer les recettes par plus de prélèvements fiscaux ou par plus d’économies à travers des coupes sur les leviers sociaux de solidarité, ne fait que rajouter la récession à l’austérité.

Qui dit mieux pour faire le lit de la grogne sociale et des extrémismes ?

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA