La fête du trône aura lieu le 30 juillet prochain à l’accoutumée. Toutefois, que connaissons-nous de cette fête, de sa genèse et surtout de sa symbolique dans le fond ?

La signification originelle de « Aïd Al-Arsh » s’est éclipsée furtivement ; la fête du trône est tant oubliée qu’elle est devenue un simple jour férié. Pourtant, cette fête nationale de l’anniversaire de l’intronisation du Roi reste truffée de symboliques et revêt une portée historique, sociologique et anthropologique. L’analyse de l’historien et politologue  Nabil Mouline, « La Fête du trône : petite histoire d’une tradition inventée », demeure ainsi particulièrement pertinente en la matière.

Avant qu’elle soit adaptée aux contextes du reste des monarchies du monde, l’origine de cette fête est d’ordre britannique et remonte au XVIe siècle ; on parlait pour la première fois d’Accession Day. Créée en 1933, la vocation principale de la fête du trône, dessinée par de jeunes nationalistes, était de célébrer la nation marocaine. L’idée était de mobiliser la population autour d’une idéologie propre à un État-nation. Pour ce faire sans éveiller l’attention des autorités, les nationalistes ont choisi de profiter du « capital symbolique de l’institution sultanienne ».

Fin 1933, plusieurs articles ont été publiés dans le journal L’Action du peuple appelant les autorités françaises à faire du 18 novembre, le jour de l’intronisation du sultan, une fête nationale. Plus tard, la fête du trône suscite un engouement populaire considérable, ce qui a poussé l’autorité tutélaire à agir ; la fête du trône s’officialise en 1934 et devient ainsi une célébration étatique et non populaire, notamment avec la promulgation d’un décret relatif à Aïd al-tidhkar (la fête de la commémoration). Vous l’aurez compris, ce qui unifiait et mobilisait la population marocaine est la lutte contre la puissance coloniale.

Au lendemain de l’indépendance, la monarchie s’est appuyée sur les élites rurales pour rehausser son pouvoir et le fellah devient le défenseur du trône (Rémy Leveau, 1976). La célébration de la fête du trône se métamorphose progressivement en un rituel qui affirme la centralité et la suprématie de la monarchie : la fête devient un « moment d’autocélébration monarchique ».

Par ailleurs, les tenues d’apparat, les insignes du pouvoir et les rythmes de la musique solennelle accompagnant le cortège royal détiennent une signification particulière. La cérémonie d’allégeance (hafl al-wala’) et les cérémonies de renouvellement du serment de fidélité (tajdid al-bay‘a), le discours royal, la grâce royale, les décorations royales (awsima), eux, demeurent hautement symboliques. Aucun détail n’est fait au hasard, d’où la nécessité d’interroger le sens des symboles et l’arrière-sens de l’apparent.

Les costumes traditionnels blancs que portent les ministres, les directeurs de l’administration centrale, les walis et gouverneurs, pour ne citer que cet exemple, expriment une servitude indéfectible envers le monarque peu importe le poste occupé et au-delà des considérations hiérarchiques.

La fête du trône incarne aujourd’hui l’image d’un roi « porteur de l’histoire sacrée de la cité musulmane et garant de sa continuité et de sa stabilité », et affirme la centralité de la monarchie en politique.

In fine, cet événement a été certes abordé de manière scientifique par un ensemble de chercheurs, notamment Nabil Mouline, mais les écrits s’adressent généralement à une niche de lecteurs. À mon sens, ces analyses ont tout le mérite d’être vulgarisées et médiatisées pour que tout un chacun soit en mesure de comprendre, penser et décortiquer les différents rituels et leur symbolique.

Habiba El MazouniAnalyste et Consultante en politiques publiques. Co-fondatrice de la plateforme AnalyZ