Par Taoufik YATRIBI *

Face à la pression du chômage, le besoin de créer son propre emploi, et la nécessité de digitaliser l’économie, la digitalisation peut être un pont entre les jeunes et le secteur agricole.

Aujourd’hui, le secteur agricole marocain contribue pour 15 % à 19 % du PIB national, emploie près de 40% de la population active totale et de 80% de la population active rurale. La rétention des jeunes dans le milieu rural est une problématique dans la mesure où la plupart des jeunes s’orientent vers les emplois en milieu urbain. La digitalisation peut être un atout pour attirer les jeunes vers le milieu rural en proposant des solutions innovantes pour l’agriculteur marocain, qui lui à son tour à la quête d’un meilleur rendement.

Les études empiriques suggèrent que les nouvelles technologies ont des effets positifs à la fois agronomique, économique  et environnemental. Les nouvelles technologies agricoles permettent aujourd’hui aux agriculteurs d’appliquer la juste dose d’intrant au bon moment, de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires, prévoir l’irruption de maladies dans une parcelle, réduire la consommation d’énergie fossile ou encore la pénibilité du travail. Elle permet aussi de déterminer avec précision les besoins en eau, en engrais et en produits phytosanitaires des cultures. Il devient ainsi possible d’optimiser l’utilisation des intrants chimiques et des équipements, ainsi qu’une réduction des émissions de C02.

L’introduction des innovations technologique est devenue aujourd’hui une impérative. D’une part pour suivre la tendance mondial, et s’aligner avec les concurrents, et d’autres part pour répondre à des problèmes structurels du secteur (problèmes de productivité et de compétitivité, d’emplois, de la réduction des inégalités sociales…). Les experts s’accordent aujourd’hui que l’innovation technologique est un atout pour gagner en temps et en précision pour le bien de l’agriculteur, de l’exploitation et de l’environnement.

D’autre part, l’entrepreneuriat est devenu aujourd’hui une nouvelle forme d’évolution de carrière dans un contexte où les individus sont à la demande de plus de liberté, plus de dignité et plus d’aspirations pour le développement personnel. Le contexte actuel montre une détérioration de la perception de la valeur des carrières traditionnelles, et d’autre part, par l’arrivée sur le marché d’une génération considérée comme plus entrepreneuriale que les générations précédentes.

L’autonomie et la liberté d’agir sont reconnues comme les principales motivations du créateur d’entreprise. Les personnes animées par un esprit entrepreneurial sont des personnes qui n’aiment généralement pas travailler sous les ordres d’une autre autorité, car elles aiment être en autorité et adorent leur liberté d’action.

La génération « Y » souhaite davantage un management de proximité qui ait du sens et davantage de flexibilité dans le travail. Les baby-boomers (nés entre  1946 et 1965) et la génération X (nés entre 1965 et 1980) sont moitié moins que la génération « Y » (nés entre 1980 et 2000) à réclamer un leadership participatif. La génération « Y » souhaite évoluer rapidement dans l’entreprise, privilégie des postes avec des missions en autonomie, transverses et avec des responsabilités, sans quoi elle n’hésitera pas à quitter l’entreprise. Elle a une vision plus rationnelle de l’entreprise, et non plus affective comme c’était le cas pour les générations précédentes. La génération « Y » souhaite participer au pilotage de l’organisation, d’améliorer leur marge de manœuvre dans la prise de décision, et les féliciter pour les « petites victoires » qu’ils ont à leur actif. La génération « Y » souhaite une rémunération basée sur le rendement), la question de l’ancienneté est à bannir des discours, elle n’a aucun effet direct sur la motivation. Les récompenses basées sur la performance est un moyen pour montrer au jeune Y sa valeur ajoutée dans l’entreprise.

Tous ces éléments expliquent, du moins en partie, l’attirance des jeunes par l’entrepreneuriat. Ceci peut faciliter la mise en œuvre d’un dispositif de promotion de l’entrepreneuriat agricole à travers la mise en place des moyens nécessaires pour faciliter le passage des jeunes à l’action.

*Taoufik YATRIBI est Enseignant-chercheur à l’Ecole Nationale d’Agriculture de Meknès.