La controverse sur le sens de la démocratie participe, aujourd’hui, de la présentation du credo de la démocratie comme une nouvelle idéologie de salut. Nos intellectuels et politiques parient aujourd’hui sur la démocratie représentative que dégagent les urnes, comme étant  un  » sésame  » pour ouvrir la grotte de la modernité en vue de réaliser le bond magique du développement, sans efforts, sans coûts et hors histoire.

Ils semblent oublier que contrairement à la logique du miracle qui sous-tend toute idéologie de salut, la démocratie est le couronnement d’un développement organique, une dynamique historique dont on ne peut dissocier la cause de l’effet, un aboutissement des évolutions
économiques et sociales enregistrées et des progrès capitalisés par une société donnée.

Mais nos politiques, font des élections, qu’ils perçoivent comme étant synonymes de la démocratie, la clef à toutes les portes, en rompant la relation dialectique entre cause (condition) et effet (résultat). Ils placent la condition démocratique comme étant la condition absolue, un préalable à tout résultat ultérieur. Sans elle, point de salut, mais avec elle tout est possible- un prétendu miraculeux remède à tous les maux.

Or, la démocratie dont les élections ne sont qu’un rouage, est une semence à cultiver. Et le seul fait de dire que la démocratie est une semence avant d’être un fruit, nous renvoie à la déduction que la semence a besoin, pour grandir et mûrir, de travail et d’effort.

La démocratie a finalement besoin d’un travail sur soi et dans la culture de la société.

Le péché de nos politiques est de faire croire aux Marocains qu’ils se réveilleront un jour et subitement avec une démocratie clé en main, qui les affranchira du linceul du sous-développement et de la misère, réduira l’analphabétisme, le niveau du chômage, décloisonnera le monde rural, rétablira l’équité, combattra la corruption et la Kleptocratie, atténuera le fléau de la transhumance, rehaussera le niveau de notre PIB….etc

La démocratie est une condition nécessaire mais qui reste insuffisante pour opérer le décollage économique et le développement humain. De plus, la démocratie, qui est une condition, a besoin elle-même d’autres conditions, c’est à dire de vecteurs qui ont pour noms : le parler- vrai des politiques, une politique de vérité sur nos statistiques, sur les nouveaux riches, une religiosité du travail et de l’effort, un Stakhanovisme Marocain dans la production et le rendement, le sentiment du citoyen que sa voix compte dans la prise de décisions qui engagent l’avenir de son pays… etc.

In fine, la démocratie est une culture, un système de valeurs solidaires. Et, il n’est de situation plus pernicieuse, que de parler de démocratie et d’élections  » propres  » dans une société qui n’a atteint ni la modernité matérielle et de pensée, ni n’a réalisé sa révolution d’alphabétisation.

La démocratie ne peut être un mode de gouvernance politique sans être aussi un mode de gouvernance sociale, sans oublier qu’elle ne régit pas uniquement les rapports entre gouvernants et gouvernés mais régit aussi ceux des gouvernés entre eux-mêmes. Et les élections sont justement au cœur de ce dernier rapport des gouvernés entre eux-mêmes.

Mais le constat amer aujourd’hui c’est que depuis l’indépendance à ce jour, les politiques ne cessent de semer des écueils pour entraver, avec des styles nuancés et relookés, le fonctionnement normal des rouages de la démocratie. Et la société, par son legs passéiste, sème les embûches à la culture démocratique. Dans ce schéma, les élections ne peuvent être qu’une mascarade, avec en prime un gaspillage des deniers publics et les résultats des scrutins ne peuvent déboucher que sur des représentations fantoches.

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA