Cette chronique sera culturelle et artistique, mais, également, politique. 
Depuis 22 ans, à l’exception de 2 ou 3 ans, indépendamment de ma volonté, je viens à Essaouira pour participer au célèbrissime et sublimissime “Festival Gnaoua et Musiques du monde”.

J’ai l’occasion, pour des raisons professionnelles ou autres, d’assister à de nombreux festivals – de musique, cinéma, théâtre etc. – au Maroc ou ailleurs, mais je n’ai jamais vu un festival comme celui-ci. 

Je vous explique. En général, quel que soit l’ampleur d’un festival, il arrive assez souvent que la majorité de la population de la ville où il s’y passe ne soit pas au courant, ou bien n’y est pas très impliquée. Or, à Essaouira, le festival et la ville se confondent complètement – sans parler du grand bien, économique et social qu’il lui rapporte.

Du matin au soir, et durant une bonne partie de la nuit, que ce soit sur les gigantesques scènes installées dans plusieurs places et espaces de la ville avec des concerts ouverts gratuitement au public, ou bien dans certains Ryads et maisons d’hôtes pour des soirées plus sélectives, jusqu’aux rues et ruelles qui se transforment en annexes du festival, la musique est partout et à toute heure et ce, durant 3 nuits et 4 jours.

C’est très simple : on se réveille avec Gnaoua, on mange et on boit avec Gnaoua, et on passe nos journées, nos soirées et nos nuits avec Gnaoua.

Résultat : toute la population de la ville, ainsi que celle qui vient pour cet événement, du Maroc et de l’étranger, tout ce monde finit par devenir gnaoui.

C’est la raison pour laquelle, on ne doit jamais cesser de rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont créé ce si bel événement artistique et culturel et les recréer du fond du coeur car, c’est grâce à ces personnes magnifiques qu’aujourd’hui, la musique gnaouie est connue et appréciée partout dans le monde.

Mieux encore : cette musique qui était jadis considérée par certains comme folklorique et par d’autres comme ethnique, a réussi à séduire de nombreux artistes de renom, qui n’hésitent plus à faire le déplacement jusqu’à Essaouira pour l’écouter, et même pour s’en inspirer pour leurs propres oeuvres, dont certaines sont des fusions absolument sublimes.

En parallèle avec la musique, les organisateurs nous offrent depuis quelques années l’opportunité d’écouter d’éminentes personnalités du monde artistique, culturel et politique, marocaines et étrangères, et de débattre avec elles sur des grandes thématiques qui préoccupent le monde en général, et le Maroc en particulier.
Par exemple, cette année, le sujet qui a été choisi est d’une brûlante actualité : “ La force de la culture contre la culture de la violence”. 

Ce vendredi, premier jour du forum, nous avons eu droit à de très brillantes interventions. J’en ai retenu deux en particulier : celle de Abdelkrim Jouaiti, écrivain et enseignant, et celle de Abdelouahab Rifki, plus connu sous le nom de “Abou Hafs”, un ancien détenu salafiste devenu un grand activiste moderniste.

Le premier, Jouaiti, a raconté que ce qu’il l’a sauvé et qui l’a même immunisé contre ce qu’il a appelé “l’instinct naturel de la violence”, c’est d’abord, à un très jeune âge, la découverte de la poésie et, par la suite, la passion de la lecture, et plus tard, celle de l’écriture.

Quant au second, Rifki, son témoignage est encore plus éloquent. Il nous a longuement expliqué, et avec beaucoup d’émotion, que si c’est son père qui a tout fait pour qu’il devienne ce qu’il a est devenu, et qu’il subisse les malheureuses conséquences, dont un emprisonnement qui a duré 9 ans, c’est grâce à sa maman, qu’il a pu, beaucoup plus tard, faire son auto-critique et réussir sa rédemption. En effet, c’est elle qui l’a initié et qui l’a encouragé notamment, à la lecture, à la littérature, et au cinéma, devenues pour lui de grandes passions. Elle a d’autant plus de mérite qu’elle l’a fait clandestinement, c’est-à-dire en cachette de son papa.

Le forum va se poursuivre ce samedi et le festival jusqu’à dimanche. Quant à moi, ne serait-ce qu’après ce que je viens de vous raconter, je me dis que j’ai très bien fait de venir cette année encore, à Essaouira, et je suis encore plus convaincu que la culture est la solution et l’arme parfaite pour venir à bout de toutes ls violences et de tous les obscurantismes.

Maintenant que je l’ai dit, je vous dis très bonne semaine et au prochain vendredi tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma