Secoué par trois démissions en moins d’un mois dont deux —et non des moindres, en moins de 48 heures-, le président de la CGEM s’est vu dans l’obligation de convoquer à la hâte, jeudi en début d’après-midi, une conférence de presse pour tenter non pas de stopper l’hémorragie mais d’essayer d’expliquer, bon an, mal an, les raisons de cette avalanche de départs de hauts responsables du patronat marocain. Fait inédit dans l’histoire de cette organisation, ni l’économie marocaine, ni le secteur privé n’avaient besoin de telles secousses.

Flanqué notamment de Abdelilah Hafidi, représentant de la CGEM à la Chambre des conseillers et de Saloua Karkri Belkziz, présidente de la Fédération des NTI, Salaheddine Mezouar est apparu très remonté, énervé et pas à l’aise dans un exercice qu’il ne maîtrise pas quand il est sur la défensive. Et pour cause : après la démission fracassante il y a moins d’un mois du président de la commission des délais de paiement, Hammad Kassal, en conflit ouvert et de notoriété publique avec le président Mezouar, voilà qu’en moins de trois jours deux pontes du patronat décident de jeter l’éponge.

Tout d’abord, il y a eu le départ de Fadel Agoumi, le discret et travailleur secrétaire général de la CGEM, rapidement «rejoint» par le premier vice-président du patronat et colistier de Mezouar, Faïçal Mekouar.

Si la démission de Fadel Agoumi peut être éventuellement comprise (et digérée) dans le cadre d’une incompatibilité d’humeur, vu la fidélité inconditionnelle du désormais ex-secrétaire général du patronat à Miriem Bensalah, le départ de Faïçal Mekouar passe très mal chez Mezouar. Devant caméras, il ne cache pas sa surprise, son «amertume» même pour cet acte qu’il qualifie d’«inélégant» de la part du P.-D.G. de Fidaroc Grant Thornton.

Si Faïçal Mekouar a claqué la porte de la CGEM à cause, dit-on, du mode de gouvernance qu’il dénonce, Mezouar s’en défend : «j’ai piloté des organisations beaucoup plus complexes que la CGEM» sans que nous sachions à quoi il faisait référence : ministère des Finances ? Des Affaires étrangères ? En tout cas, les patrons apprécieront.

Sortant un certain moment carrément de ses gongs, Mezouar a mis en garde ses détracteurs qui chercheraient à le destituer: «en cas d’impeachment, ce n’est pas Mezouar le perdant mais la CGEM» (sic !) Ce dérapage, passé inaperçu, en dit long sur l’état psychologique dans lequel se trouve l’ancien ministre, et son manque flagrant d’arguments pour se défendre, surtout quand il achève une longue mélopée par un sinistre «je ne suis pas né de la dernière pluie»…

Cette sortie chaotique de Mezouar n’a pas rassuré, même dans les rangs de ses plus fidèles alliés. En cherchant à minimiser la série de départs au sein du top management du patronat, il a nié en bloc l’existence de courants au sein de l’organisation. Pour l’ancien président du RNI, il

existe un seul moyen pour «préserver» la CGEM : la doter d’une «doctrine» qui lui soit propre, écartant d’un revers de la main la présence de débats d’idées protectionnistes, libérales ou conservatrices…inhérentes à toute démocratie en principe. Pour Mezouar, un seul mot d’ordre : le respect de la «hiérarchie», oubliant au passage qu’il n’est plus dans la fonction publique mais au sein d’une association professionnelle dont il préside aux destinées dans le cadre du…«bénévolat» (sic!)

Fragilisé, Mezouar est désormais seul aux commandes d’un patronat déstructuré, s’appuyant exclusivement sur son proche et fidèle Zakaria Fahim, ennemi juré des trois démissionnaires Kassal, Agoumi et Mekouar. Le président de la CGEM l’a annoncé clairement hier, c’est à lui seul que revient dorénavant la gestion de la communication de la boîte et avertit au passage ses adversaires : d’ici les vacances, et «comme il ne se passe rien en ce moment», il répondra personnellement à d’éventuelles attaques.

En attendant l’acte II des prochains départs —car il y en aura si l’on se fie au ton d’un Mezouar dépassé pas les événements-, seule la voie des suffrages et de la démocratie est à même de rétablir l’ordre et la sérénité dans une organisation qui navigue en pilotage automatique.

Abdellah EL HATTACH, Consultant en Stratégie et Affaires Publiques. Cofondateur de la plateforme ANALYZ.MA