Je m’excuse pour les oreilles sensibles, mais je vais pousser une grosse gueulante. Déjà que je ne suis pas très bien, mais là, avec ce que je vois et ce que j’entends, je crois que ça ne va s’arranger. Vous savez quel est le titre que j’ai failli donner à ce billet, mais que je me suis rétracté à la dernière minute ?  “Le virus de Tanger et le microbe de Rabat”. Bien sûr, je ne l’aurais jamais fait!

En effet, ça ne se fait pas d’insinuer qu’un ministre pourrait être une bactérie ou un germe, mais, entre nous, ça ne se fait pas non plus de stigmatiser une ville, aussi mal en point qu’elle puisse être à un moment donné, d’abord, en évitant de citer son nom, ensuite en affirmant de la manière la plus incroyable et la plus crue, qu’elle serait porteuse d’un virus spécial, redoutable, spécifique à cette seule ville. 

En premier lieu, un ministre doit faire très attention à ce qu’il dit avant de le dire. Et quand ce ministre est de surcroit celui de la santé, il doit être encore plus rigoureux, plus minutieux, plus méticuleux dans le choix de ses mots. C’est comme un médecin avec son diagnostic : entre un rhume, une grippe, une laryngite, une pharyngite, une pneumonie, une tuberculose et une petite complication respiratoire due une allergie mineure, il y a tout un monde. 

Or, lui, il a prononcé cette expression affreusement moche et terriblement injuste “Le virus de Tanger” plusieurs fois, tout en précisant qu’en général le Covid19 était un virus compliqué qu’il connaissait très peu, et que dans tous les cas, il serait en train de faire analyser les souches découvertes dans cette ville pour déterminer si oui non, elles seraient mutantes ou juste différentes de celles qui touchent le reste de notre pays. 

Mais, c’est quoi cette salade ? Quand on ne sait pas, on ne parle pas, on n’accuse pas, on n’insulte pas, on ne stigmatise pas. 

Moi, je ne suis pas Tangérois, même si j’ai une origine de pas très loin, mais j’adore cette ville que tout le monde adore, et je me mets à la place des gens de Tanger qui sont plus qu’adorables. En vérité, je ne voudrais pas être à leur place aujourd’hui, tellement ils doivent être malheureux, éprouvés, désespérés. Car non seulement ils vivent probablement l’été le plus désastreux de l’histoire de leur si belle ville, mais en même temps, ils sont abattus par tant de mépris et tant d’injustice.

On me dit que le ministre était sans doute irrité par la progression vertigineuse des cas positifs décelés dans cette ville, et je peux le comprendre. Mais de là à accuser les Tangérois d’être de mauvais citoyens – alors que par ailleurs, on ne cesse de louer le sens civique inné chez les gens du Nord. – mais, surtout, à prétendre qu’ils seraient porteurs d’un virus variant du nôtre, là, ça devient du délire. 

D’ailleurs, ça n’a pas manqué : dès la fin de la conférence, des voix Tangéroises ou autres, se sont élevées pour demander juste à ce ministre de s’excuser pour ce dérapage sémantique si malheureux, ou juste, si c’est le cas, confirmer ou infirmer l’existence de cet OVNI qui s’appellerait “le virus de Tanger.

Tant qu’il ne le fait pas, les Marocains, de Tanger à Lagouira – comme on aime si bien dire chez nous – vont vraiment lui en vouloir. S’il ne le fait pas, et s’il continue de pavoiser dans les conférences ou ailleurs comme s’il avait inventé le vaccin contre la bêtise ou, tiens, celui contre le bavardage incontrôlable, je vais lui dire ceci : un jour ou l’autre, vous ne serez plus ministre comme tant d’autres avant vous, et un jour ou l’autre, vous aurez envie d’aller à Tanger, et bien, n’attendez pas que là-haut, on va vous accueillir avec des roses, ni même avec des masques. 

En attendant, et pour être un peu plus sérieux, j’aimerais que vous nous disiez, monsieur le ministre, et si possible, sans nous prendre pour des imbéciles, pourquoi, très exactement, les chiffres des porteurs de virus sont montés en flèche subitement, alors que “la situation est parfaitement maitrisée” même si “la pandémie est toujours-là. Et surtout ne me dites pas encore que c’est parce que vous faites plus de tests de dépistages, ou bien parce que “c’est le résultat logique du dé-confinement.

Car, si vous me répondez ainsi, je vais vous rétorquer ainsi : puisque c’est comme ça, pourquoi alors 1 – nous avoir libérés ou plutôt libéré une bonne partie d’entre nous ? 2 – pourquoi il y a de plus en plus de décès chaque jour ? Et quel rapport avec les dépistages ? Et enfin 3 – puisque ça va si mal, ou si vous préférez, pas si bien que ça, pourquoi avoir maintenu la fête du sacrifice ?

Pour finir, j’aimerais vous dire un dernier mot, monsieur le ministre, et à travers lui, à tous vos collègues et aussi à votre chef direct : vous avez eu une occasion historique pour montrer de quoi vous vraiment êtes capables. Et bien vous l’avez montré. Bravo.
J’ai fini pour cette semaine. 

En attendant, je vous souhaite, vous mes lecteurs et mes lectrices, un très bon week-end, et je vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.  

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma