Par Khouloud Kebbali

Je me suis approchée de toi, collée à toi, comme un papillon s’approche de la lumière, son Eden, son refuge. Je me suis approchée de toi, t’ai gardé au plus près de mon âme, parce que ma lumière se ravivait au contact de la tienne.

Parce que, sans toi, je n’étais qu’une brèche obscure de cette vie, qu’un trou noir qui dévorait tout sur son passage.Parce que, sans toi, j’étais futilement vide.

Insignifiante créature…

Je me suis (trop) approchée de toi, pensant trouver en toi ma liberté, mon havre de paix, mon dernier refuge. Comme un Icare qui a oublié que ses ailes étaient de cire et que la cire ne survivrait pas à la caresse d’un Hélios trop amoureux. Je me suis accrochée à toi, trop, même quand il ne le fallait pas, surtout pas.

Je me suis brûlée les ailes, mon amie.

J’ai passé une vie à ne vivre qu’à travers toi. Ton souffle contre le mien, comme un feu prêt à me réduire en cendre. Comme ce papillon qui ne vit que deux jours, mais qui se bat pour atteindre cette lumière qu’il croit salvatrice… Idiot !

Je me suis assise aussi, près de cette lampe artisanale, souvenir de mon ancien et mythique Casablanca…

Et j’ai observé ces dizaines de papillons, assoiffés de lumière, s’échouer, dans un dernier battement d’aile, contre les parois de la réalité… 

Meurtrière, la lumière…

Mensongère et sans la moindre utilité, quand on y pense, bien comme il le faut.

Comme le souvenir de tes baisers. Les caresses de tes mains furieuses et maladroites. Tout comme toi, vivant en moi, malgré le temps, la distance… Malgré cette vie qui a décidé de notre sort.Tout comme Hélios a décidé du sort d’Icare.

Tout comme la lumière ayant recueilli le dernier souffle des papillons…

Le 5/10/2019

Lettres de l’étrangère, depuis Jérusalem