Oui, vous avez deviné de quoi je vais parler. Et je suis sûr que si je ne le faisais pas, vous allez me le reprocher. D’ailleurs, je ne vais pas y aller par 36 chemins, parce qu’il faut bien essayer de mettre un terme à ce drame politique que nous vivons dans ce pays . 

Reprenons le fil de cette histoire. 
Cela a commencé par la découverte, entre nous, pas très surprenante, qu’un de nos ministres, d’Etat de surcroît, ex Ministre de la Justice, et qui plus est,  est en charge du prestigieux et combien épineux département des Droits de l’Homme, n’avait jamais déclaré à la CNSS son assistante personnelle alors qu’elle a travaillé dans son cabinet d’avocat durant plus d’un quart de siècle. 

Avant de revenir à cette ténébreuse affaire, je voudrais dire publiquement que la nomination de ce bonhomme à ce ministère est non seulement une aberration, mais une insulte à notre intelligence, eu égard à ses idées et ses convictions moyenâgeuses qu’il n’hésite pas à mettre en pratique et même à en être fier comme, par exemple, sa bigamie. 

Quant à ses déboires avec sa défunte secrétaire, et à ses tentatives scabreuses pour les justifier et/ou pour s’en dédouaner, je ne vais pas les commenter tellement elles sont ridicules et irrecevables. 
Et puis, quelques jours après, une autre affaire surgit, mettant cette fois-ci en cause, pour des motifs similaires, le jeune ministre de l’emploi, qui est lui aussi avocat et du même parti. 

Pourtant des gens que j’apprécie, en disaient beaucoup de bien. J’ai été d’autant plus déçu que lui aussi a tenté d’une manière assez lamentable de corriger l’incorrigible. 

Bref, voilà deux ministres  qui ont été pris en flagrant délit de non respect de règles administratives minimales, voire primaires. Qu’ils soient du même parti, pour moi, cela n’a aucune espèce d’importance. Parce que ce ne sont pas seulement les ministres ou les hommes politiques en général qui se proclament du référentiel religieux, qui doivent respecter la loi et les règles  éthiques. 

Pour moi,  le problème n’est absolument pas là. 

D’ailleurs, je pense qu’il ne faut pas trop s’attarder sur cet argument qui pourrait signifier que ceux qui n’ont pas de référentiel religieux ou qui ne seraient pas trop des donneurs de leçons, eux, auraient le droit d’avoir des comportements immoraux ou indélicats. 

Le vrai problème, c’est comment et pourquoi des gens qui ont des responsabilités aussi grandes que ça, qui doivent être respectés aussi bien pour leurs fonctions que pour la pratique de ces fonctions, acceptent de continuer à les assumer comme si rien ne s’est passé. 
Pis, ils n’en parlent pas et ne veulent pas qu’on leur en parle. 
Ils s’auto-jugent et s’auto-innocentent. .   

Ni eux, ni les partis qui les ont proposés à ces fonctions ne s’en offusquent ou ne s’en émeuvent. 

Face à toutes ces attitudes, nous, les citoyennes et citoyens, qui ne méritons même pas ce titre, nous sommes considérés comme des moins que rien. 
J’ai entendu dire que ce seraient des règlements de compte entre adversaires politiques, que personne n’est parfait, que presque tout le monde fait ce genre de choses, et que bientôt d’autres affaires risquent d’émerger touchant les uns et les autres. 

C’est très possible. Et alors ? Est-ce que cela justifie ou dédouane ceux qui commettent ces fautes graves, ces délits ? 

Faut-il assister à ces comportements et politiquement indéfendables et moralement hideux, et se taire et fermer les yeux ? 

Non, non et non ! 

Et tant que rien n’est fait, tant que personne ne  condamne les gens comme ça, d’où qu’ils viennent, ou de quelque idéologie ils se réclament, tant qu’ils restent à leurs places, le Maroc ne bougera pas non plus de sa place de presque dernier de la classe. 

On me dit qu’au Maroc, on n’a pas le droit de démissionner ? Ah bon ? D’accord ? 

Mais, est-ce qu’on a quand même le droit de renvoyer celui ou celle qui n’a pas le droit de démissionner ? Hein ? 

En attendant votre réponse, je vais vous raconter une anecdote authentique, que j’ai peut-être déjà raconté un jour, mais ce  n’est pas grave. Elle est tellement édifiante qu’on devrait la raconter tout le temps.
C’était à la veille du premier gouvernent d’alternance. Feu le redoutable et redouté Driss Basri, au summum de son pouvoir suprême, accorde une interview au Magazine Jeune Afrique. L’interviewer était, je crois, François Soudan.

A un moment donné, il lui pose cette question (je la cite de mémoire) :  
– Vous savez que l’opposition – l’USFP et l’Istiqlal – refuse d’entrer dans le gouvernement tant que vous en êtes membre. Monsieur Basri, allez-vous démissionner ?

La réponse de Basri a été une réplique d‘anthologie :

– MOI, DÉMISSIONNER ? MAIS QUI SUIS-JE POUR LE FAIRE ? 

Voilà. Tout est dit. 
Je vous souhaite un très bon week-end et vous  dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.  

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma