Les Investissements Directs Étrangers revêtent plusieurs formes. Ils peuvent se décliner soit sous forme de création ou de rachat d’entreprise, ou encore sous forme de prise de participation dans le capital, de telle sorte que le pouvoir de contrôle et de gestion soit acquis et assuré par le nouvel investisseur.

Les investissements étrangers au Maroc sont perçus comme un moyen pour le redressement du solde de la balance des paiements, que les recettes du tourisme et les transferts des MRE ne suffisent plus à en combler le déficit.

La décision d’investir à l’étranger est généralement motivée par la recherche d’une fiscalité avantageuse, la qualité des infrastructures ou le niveau de qualification et de coût des travailleurs du pays d’accueil. Mais, la motivation qui prime sur toutes les autres lors de l’analyse d’un investissement demeure le rendement et la recherche du profit.

C’est d’ailleurs le taux de rendement interne (TRI) d’un investissement et le niveau prévisionnel du retour sur fonds propres (Return on Equity) qui, soit persuaderont ou soit dissuaderont l’investisseur potentiel de prendre le risque de mettre son argent dans tel ou tel pays ou dans tel ou tel projet.

Le souci primordial de l’investisseur demeure, bien entendu, la récupération progressive de sa mise initiale, récupération étalée dans le temps, soit par voie indirecte, se faisant à coups de distribution de dividendes pour les plus honnêtes des investisseurs, avec pour les plus avides d’entres- eux, outre l’engrangement de dividendes, le  » transfer pricing « , qui n’est autre délit que le  » capital flight « . 

Bien sûr, et comme tout investissement, les IDE peuvent constituer pour les pays d’accueil de véritables leviers de croissance et de développement, – pour autant qu’ils contribuent au renforcement du tissu productif, par la création de nouvels actifs ; – pour autant qu’ils stimulent la demande globale ; – pour autant qu’ils fassent bénéficier les pays d’accueil du transfert de technologie et d’expertise, sans que les récipiendaires ne soient tenus à en supporter les coûts en facteurs. 

En revanche, s’ils ne sont pas bien négociés, dirigés et ciblés, les IDE risquent de se traduire par un appauvrissement voire une érosion des réserves de changes des pays d’accueil et rendre leurs économies encore plus dépendantes de l’étranger.


Qu’en est-il des IDE au Maroc ? 

Il serait judicieux pour nos économistes de se pencher sur cet aspect, en dressant le bilan des IDE en général et des privatisations en particulier, sur la dernière décennie. Objectif : éclairer la lanterne des politiques sur le volume des capitaux étrangers investis ( flux entrants ) et sur le niveau de dividendes distribués et rapatriés par ce même capital ( flux sortants), pour tirer les enseignements qui s’imposent et former une opinion quant à la pertinence ou à la vacuité de la politique de privatisation poursuivie jusqu’ici par le Maroc. 

Force est de reconnaître, aujourd’hui, que la politique de privatisation et des concessions n’a pas, pour autant, fait avancer le Maroc sur la voie du progrès économique. Le Maroc semble aujourd’hui exposé à une rapine internationale. Les actifs de toute une nation ont été cédés à des filiales de multinationales. Je suis un adepte de l’ouverture du Maroc aux investissements étrangers. Mais il faut que cette ouverture s’inscrive dans le cadre d’une relation  » win win « .

Il est évident que chaque investisseur a droit à des dividendes, en rémunération de son capital. En revanche c’est inadmissible lorsque ces dividendes sont transférés en devises, sans possibilité de reconstitution dès lors que les revenus (chiffre d’affaires) de la filiale qui les a versés, sont libellés en Dirhams, sa base clientèle étant locale. La conséquence coule de source- une détérioration des réserves de change Marocaines et une fragilisation de notre monnaie.

On pourrait digérer la pilule des transferts de dividendes en devises si au moins les filiales de groupes étrangers opérant au Maroc réalisaient leurs chiffres d’affaires à l’export, permettant ainsi des entrées de devises et in fine la reconstitution de nos réserves de change.

D’ailleurs, la crainte d’assèchement de liquidité sur le marché bancaire est fondée, dès lors que chaque sortie de devises, surtout lorsqu’elle est chiffrée en plusieurs millions d’Euro se traduit par un  » moins  » de pouvoir de création de la monnaie locale.

Voici les véritables sujets de débats qui doivent interpeller la classe politique Marocaine.

Mostafa Melgou, Chercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA