Le sport au Maroc souffre d’un déficit de compétitivité économique. Malgré la sollicitude, dont le Souverain l’entoure et qui témoigne de sa volonté de l’inscrire au cœur du processus de  développement, le sport peine à être considéré comme un des secteurs clés de l’économie, de l’éducation et de la politique sociale. Il reste toujours associé à l’action associative, au ludique et au passe-temps. En l’intégrant dans sa réflexion, la commission spéciale sur le nouveau modèle de développement lui rendra la considération qu’il mérite.

Les enjeux socio-économiques du sport justifient le fait que l’Etat s’intéresse à son devenir. Elle n’a jamais cessé de le subventionner à grand échelle. Les émotions collectives qu’il suscite, l’image internationale qu’il véhicule ou les moyens  publics mobilisés pour l’organiser, assurer la sécurité des manifestations et la lutte contre la violence légitiment encore plus cette action des pouvoirs publics.

Malheureusement, il est fragilisé par les mécanismes de sa gouvernance, la faiblesse de son management, de ses infrastructures non adaptées dans la plupart des cas et l’absence de dispositifs législatifs (l’arsenal juridique) favorisant son épanouissement économique  et protégeant l’investisseur privé national et international voulant se mêler à la bataille de l’entreprenariat dans le sport.

Dans les pays économiquement similaires au Maroc et avec le même objectif géostratégique, le sport est un secteur pourvoyeur de richesse, créateur d’emploi et de rayonnement international.

Pour prétendre aux mêmes attributs, nous devons en urgence doter notre sport d’une politique nationale, l’inclure dans le projet de développement national et lui apporter des réponses immédiates et de transition vers un modèle vertueux de performance sportive et économique.

Les grands investissements en terme d’infrastructures sportives, et plus récemment le centre national de football Mohamed VI qui a coûté 630 Million de Dirhams, ont normalement pour objectif de mettre le sportifs dans des  conditions optimales pour réaliser des résultats nationaux et internationaux. Le retour sur investissement tarde à se concrétiser en termes de résultat sportif (titres, médailles et création de la valeur ajoutée en terme d’image pour le pays) et en terme de résultat opérationnel (réalisation des chiffres d‘affaires financiers liés à l’exploitation de ces infrastructures)

L’urgence aujourd’hui est de doter le sport d’un arsenal législatif susceptible de favoriser l’inclusion du privé dans la gestion et le management du sport. La loi 3009 de la jeunesse et du sport censée doter le sport et tous les acteurs concernés d’un moyen juridique fort pour créer la société sportive, est aujourd’hui difficilement applicable  et n’offre pas toutes les garanties permettant une prise de risque financier

Professionnaliser les clubs sportifs et les fédérations pour qu’ils cessent d’être à prédominance amateur et pour qu’ils cessent d’être des simples associations consommatrices de grosses subventions publiques.

Augmenter le taux d’équipement et d’infrastructures sportifs dans le pays d’une manière équilibrée entre les régions pour limiter les déserts sportifs pour faciliter l’accès à la pratique sportive pour le plus grand nombre des citoyens

Réformer le dispositif de formation et enrayer le déséquilibre entre la formation des cadres techniques et la formation des cadres en management des organisations sportives appelés à assurer la gestion opérationnelle de notre sport.

Cesser le bénévolat à tout va en créant des emplois opérationnels. Le potentiel est énorme vu les enjeux économiques du sport.  

Susciter l’intérêt par une couverture média de haut niveau (TV, Radio, Presse, Réseaux sociaux etc…).  Faire du digital un élément central de la gestion des organisations sportives et du traitement et l’organisation des événements sportifs.

Fluidifier l’accès aux grandes enceintes sportives lors des grands événements et permettre aux spectateurs d’être au plus près de l’événement pour exprimer leurs émotions d’une manière confortable.

Il est temps de croire que le sport peut tout changer. Offrons lui son projet national, répondons aux aspirations de la société marocaine dans ce domaine et inclure le sport dans les objectifs du projet de développement marocain, à l’instar d’autres secteurs. 

Abdelkader Bourhim / Consultant en Management du Sport