L’édito de ce mardi m’a été inspiré par les grands débats politiques qui ont lieu ces derniers jours en… France. Ce n’est pas très original, puisque nous sommes un certain nombre, et même un nombre certain de citoyennes marocaines et citoyens marocains qui ne ratons presque rien de se qui se déroule chez nos voisins et néanmoins parrains du Nord. Cela ne date pas d’aujourd’hui, mais de bien de tant d’années.

Et à propos de tant d’années, avant, nous nous intéressions autant à la politique à l’étranger – en France, en Europe et ailleurs – que dans notre cher pays. Il y avait même certains d’entre nous qui affichaient leurs choix politiques marocains, autrement dit les partis où ils militaient, qu’ils soutenaient ou juste avec lesquels ils sympathisaient, et en même temps ne cachaient pas leurs préférences à l’étranger. 

C’était le cas, par exemple, des anciens étudiants, notamment en France, dont certains étaient des militants, par exemple, de l’USFP ou du PPS, et en même temps sympathisaient avec le Parti socialiste  ou le Parti Communiste Français, ou même avec des partis  trotskistes ou maoïstes. Certains étaient même des adhérents de ces partis. Il faut dire qu’on trouvait ces cas-là plus dans le camp de gauche, et presque jamais à droite. C’était du temps où ces termes – gauche / droite – avaient vraiment un sens.

Mais, tout cela, c’était avant. 

Aujourd’hui, la situation a beaucoup changé, aussi bien chez nous que chez nos amis européens, et en particulier français. 

Certes la politique continue de régner et de gouverner le monde, mais les partis politiques n’ont plus le poids et l’attrait qu’ils avaient avant. Pourtant, les règles de la démocratie, qui sont des règles universelles – même si elles ne sont pas appliquées avec la même rigueur et la même exigence partout –  font que ce sont toujours les partis qui sont aux commandes.

Que ces partis se soient affaiblis avec le temps, que les idéologies qui les animaient se soient estompées au fur et mesure, que leurs bases électorales se soient réduites comme peau de chagrin, qu’ils se soient divisés en petits partis, voire en particules, malgré tout cela, ils sont toujours là, parce que, justement, les règles de la démocratie font d’eux une nécessité incontournable. 

A ce niveau de l’analyse, on pourrait croire que la situation dans notre pays est plus ou moins similaire à celle qui prévaut, par exemple, en France et en Europe. 

En fait, les similitudes existent bel et bien. Nous pouvons citer, notamment, le désintérêt progressif à l’égard des partis politiques, y compris de la part des “élites”, la montée en puissance des partis populistes, l’émergence d’une tendance, parfois lourde dans certains pays, de partisans du respect de la nature et de l’écologie, et même de la cause animalière, enfin, l’estompage continu et irrémédiable du clivage gauche-droite, jadis clair, fier et sans ambages. 

En vérité, c’est plus à ce dernier point que je voulais consacrer mon édito de cette semaine. 

Il y a quelques années, nous avions au Maroc de grands partis qu’on appelait fièrement et pompeusement “les partis historiques”. En plus d’avoir une grande base de militants et de sympathisants, ils bénéficiaient également d’un véritable encrage au sein de la population. Les notions de droite, de gauche, d’extrême gauche etc. n’étaient pas toujours utilisées comme en Europe ou ailleurs, puisqu’on parlait plutôt de “partis progressistes”, de “partis modernistes”, de “partis nationalistes”, de “partis conservateurs”, voire, parfois, de “partis de l’administration”, une appellation parfaitement méritée. 

Et puis, au fil du temps, un flou – qui est tout sauf artistique – a commencé à couvrir les uns et les autres au point où l’électeur ou l’électrice a du mal en discerner les contours. Presque du jour ou lendemain, presque tout le monde a commencé à se dire “démocratique”, populaire”, “libéral”, et le tout nouveau, et tout puissant, “musulman”, à ne pas confondre, nous prie-t-on, avec “islamique”. Et quand, par miracle et surtout par opportunisme, un parti arrive à mettre tout cela dans un même sac, et arrive à bien le vendre, il peut facilement arriver en tête des élections, même si le scrutin qui l’a consacré premier n’aura mobilisé qu’une infime minorité de la population en âge de voter. 

Mieux – ou pire -, ce même parti qui ne serait pas né du néant, mais bien presqu’arrivé de nulle part, peut être capable de mobiliser autour de lui, et avec lui, plusieurs partis, venus de l’ancienne droite, de l’ancienne gauche,  du sempiternel et introuvable centre, du nouveau haut, du toujours bas, bref, tous ceux qui, au nom la démocratie et de la réal-politique, estiment et défendent qu’il n’y a aucune honte à ce qu’on s’assemble, même si on n’est pas forcément ressemblants. 

Toute ressemblance etc. etc. etc.

En attendant d’y voir un peu plus clair, je vous dis à Mardi prochain et je vous souhaite une très bonne fête et un bon retour à la vie normale.    

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma