Tous les linguistes de par le monde s’accordent, arguments scientifiques à l’appui, à attester que les langues ne sont pas que de simples véhicules ou moyens, mais pour les identités et les cultures des ensembles structurants et influents. C’est dire que dans tout projet à vocation ou prétention réformatrice en la matière, surtout en lien avec l’enseignement, serait bien inspiré de faire avant toute chose dans l’expérimentation, en prenant quelques échantillons scolaires représentatifs comme cobayes pour mettre à l’épreuve des faits, et non des foutaises, telle ou telle thèse et en tirer les conclusions qui s’imposent, loin des données ou des statistiques bidonesques, parce que unilatérales et incontrôlables.

C’est en procédant de la sorte qu’on se rendra à l’évidence que les différences entre darija et arabe moderne ne dépassent pas celles entre le français parlé (ou populaire) et le français scolaire appris et écrit, et que c’est celui-ci, non l’autre, qui donne accès à la compréhension des œuvres classiques et modernes, au langage élevé du concept et de l’imagination, bref à la culture et à Voltaire dont le français porte le patronyme. Et en France, a-t-on jamais entendu quelques voix s’élever pour prôner l’introduction du français vernaculaire dans l’enseignement primaire et préscolaire ? La réponse est évidemment non.

D’autre part, nul n’a eu la mauvaise idée de voir dans cette introduction une solution aux problèmes de l’enseignement français constatés par un rapport de l’OCDE (2013) qui déclasse le rang de la France à l’aune des mesures du Program for International Student Assesment (PISA).

Cependant, au Maroc des étrangetés (Maghreb al-mugharrabât) tous les coups sont permis, et même les idées folles, péremptoires et fausses, comme c’est le cas dans cette histoire de la darija. Et comment ne le seraient-elles pas, alors que rien, absolument rien, ne garantit que le dialectal, pétri d’ailleurs de variations locales et régionales, non codé ni réglementé, pourrait être, à quelque niveau que ce soit, le remède miracle aux problèmes multiples et complexes de notre système d’enseignement ? Et puis comment établir une darija standard (difficile à lire même voyellisée) et fixer par la suite ses points de jointure avec non seulement l’arabe moderne écrit, mais aussi celui en cours à l’échelle de tout le monde arabe, et cetera, et cetera ? Autant de questions que les darijistes faussaires, sont inaptes à soulever et encore moins à penser et à traiter. Car leur agenda est ailleurs, autrement plus subtile et pernicieux. Il consiste à faire éclater linguistiquement et donc culturellement le Maroc en une pléthore de langues et de dialectes (dont les berbères) et ce pour l’incruster à vie dans le giron de la zone d’influence dite francophone. Trop de diversité tue la diversité et tous les chemins langagiers (écrits et oraux) devront mener en fin de compte, selon ce même agenda, à une seule et unique langue fédératrice qui est, unification oblige, la française.