Cette phrase, je l’ai lue un jour, dans les années 70, à Londres, alors que je visitais cette ville magnifique, peut-être pour la 10 ème fois. En effet, c’était ma destination préférée pour les vacances, surtout celles de Noël et de Pâques, même si mes moyens financiers étaient très limités car je n’étais en ce moment-là qu’un jeune étudiant en France. Le sens de cette phrase est claire et sans équivoque et je ne vous ferai pas l’affront de vous la traduire. Ce que je ne vous ai pas encore dit, c’est qu’elle était inscrite sur un petit macaron en métal coloré et épinglé sur le tee-shirt d’un jeune anglais, ou, du moins, supposé tel.

Ces macarons de toutes les couleurs et de toutes les dimensions étaient la grande mode à cette époque. En effet, la majorité des jeunes, plus jeunes et moins jeunes, les portaient sur leurs vêtements, parfois en très grand nombre.

Il y avait plein d’inscriptions dessus, comme par exemple, “Peace and Love”, “J’aime les Beatles”, “Le bonheur pour tous”, “Tous les bourgeois sont des cons”, “De la culture, pas des armes ! » , et bien d’autres. Bref, ces petits macarons servaient de supports à une forme d’expression libre, et donc, sur celui-là, qui était épinglé sur le tee-shirt de ce jeune Anglais, ou supposé tel, il y avait écrit ceci : “I am not a tourist, I live here”. Je vous avoue que j’avais été d’abord amusé par cette inscription, mais aussitôt après, dès que j’en ai pigé le sens profond et cynique, je me suis senti plus que vexé.

En vérité, ce type était vraisemblablement un Londonien qui était irrité par le nombre impressionnant des touristes et il n’avait pas trouvé mieux, pour se distinguer, ou plutôt pour s’en distinguer, que de mettre ce macaron avec cette inscription. De là, à penser qu’il y a quand même quelques relents de racisme, ou du moins, une espèce d’intolérance, c’est un pas que j’ai très vite franchi, et c’est, justement, ce qui m’avait vexé.

Cela dit, il faut reconnaitre que la méthode choisie par ce “raciste” était plutôt civilisée, surtout en comparaison avec la violence, quelques années plus tard, de certains de ses concitoyens comme, par exemple, les tristement célèbres “skinheads”.

Si j’ai décidé de vous raconter cette si lointaine anecdote personnelle, c’est pour deux raisons qui n’ont, a priori, aucun rapport entre elles, mais qui ont quand même, toutes les deux, une relation avec notre pays et avec l’actualité.La première raison est d’ordre conjoncturelle. Nous sommes en pleine période de vacances estivales, et il est bon de réaffirmer que notre pays, qui a tous les atouts pour être un très grand pays touristique, un très grand pays “envahi” par les touristes, peine toujours à sortir la tête du lot.

Faut-il rappeler que le Maroc n’est pas toujours pas arrivé à dépasser le cap des 12 millions de touristes, dont la moitié d’ailleurs n’est constituée que par nos concitoyens qui vivent à l’étranger, ces fameux “Marocains du Monde” qui continuent, heureusement pour nous, de préférer le Maroc au reste du monde. Je ne vais pas trop m’étaler non plus sur le presque un million de Marocains qui ont plus ou moins les moyens, et qui n’hésitent pas à traverser chaque été les frontières pour aller là où les plages sont plus propres et surtout, là où les conditions de séjour et d’hébergement sont plus accueillantes et surtout plus abordables qu’ici. 

Je ne vais pas en dire plus aujourd’hui.

La deuxième raison pour laquelle j’ai relaté ce vieux souvenir, c’est parce que je voulais rappeler à certains, ici, chez nous, qu’on a parfaitement le droit de ne pas être d’accord avec les autres, de ne pas aimer leurs idées, de ne pas les aimer carrément, mais il y a des manières qui ne sont ni violentes, ni agressives, des manières civilisées pour l’exprimer.Voilà, c’est dit.

C’était l’édito de ce mardi. Je vous dis à mardi prochain. D’ici là, respectez les autres et vous vous porterez toujours bien.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma