L’agression sexuelle d’une jeune fille dans un bus de Casablanca au mois d’août 2018 a suscité de multiples réactions aussi bien sur les réseaux sociaux que dans l’ensemble des médias marocains et internationaux. Ce qui est terrible est que cette situation de violence n’est pas nouvelle.

Toutes les études qui traitent de la condition des femmes au Maroc évoquent les violences qu’elles subissent aussi bien dans l’espace public, dans le monde du travail que dans la sphère domestique. Le rapport publié en 2013 par le Bureau international du travail «Inégalités de genre et pratiques d’entreprise au Maroc» évoque la question des transports domicile-travail dans les termes suivants: «Les transports en commun sont très peu disponibles en dehors des grands centres urbains.

Pour les ouvrières habitant souvent dans des banlieues pauvres et éloignées des centres économiques, des transports en commun irréguliers et peu sécuritaires (au plan de leur intégrité physique) représentent des obstacles majeurs à leur accès à l’emploi. D’autres rapports abondent dans le même sens (voir nos deux encadrés) Des femmes se sont exprimées très légitimement dans les médias. Mais les hommes sont restés globalement plutôt discrets.

Comment peuvent-ils accepter que leur épouse, leur fille, leur mère, leur collègue, leur proche soit traitée d’une manière aussi violente, humiliante dans une impunité qu’autorisent ou que tolèrent les différentes institutions publiques, privées et religieuses? Les décideurs publics sont restés avares de solutions. Si les autorités publiques, notamment les institutions judiciaires et policières ont été interpellées, les signataires de cet appel souhaitent que les entreprises prennent leur part de responsabilité pour permettre aux femmes de trouver leur place sur le marché du travail et plus largement dans l’espace public.

Aujourd’hui que font les entreprises au Maroc pour prévenir ces agressions physiques et verbales quasiment quotidiennes qui concernent leurs femmes employées quand elles doivent se rendre chaque jour sur leur lieu de travail? Quelle est la politique mise en œuvre par les entreprises qui se disent socialement responsables car bénéficiaires du label RSE de la CGEM? Quels sont les engagements des entreprises au quotidien qui disent ne pas faire de discrimination car ayant signé des engagements nationaux (Charte de la diversité marocaine) ou internationaux (Pacte mondial de l’ONU, charte éthique, WEP’s(1))? Ont-elles conscience des difficultés que peuvent rencontrer leurs employées, et ce à tous les niveaux de responsabilités, notamment pour celles qui ne peuvent disposer de leur propre voiture personnelle?

Il ne peut y avoir de solution toute faite.
Il appartient aux entreprises de s’interroger, d’en débattre avec leur personnel, d’engager le dialogue social avec les syndicats de travailleurs. Comme la question de la garde des enfants, le dialogue social pourrait prendre une dimension beaucoup plus opérationnelle, qui soit en phase avec les préoccupations quotidiennes de ceux et celles qui travaillent au Maroc mais plus largement qui y vivent.

L’un des 7 principes porte sur la santé, la sécurité et le bien-être des travailleurs des deux sexes. Les entreprises s’engagent: «En consultation avec les employés, à identifier et s’attaquer aux problèmes de sécurité, y compris pour les femmes se rendant au bureau ou en rentrant, ou bien effectuant des voyages d’affaires».

C’est un sujet pour lequel tout le monde a à gagner. En premier lieu les femmes, mais aussi les hommes qui ne supportent plus cette culture du machisme et qui aspirent à une société marocaine plus pacifique, où chaque être humain serait regardé pour ce qu’il est et non en fonction de sa tenue vestimentaire, de son sexe, de son apparence, ou de sa catégorie sociale.

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(1) ONU Femmes propose aux entreprises qui veulent s’engager sur l’égalité des genres à souscrire à 7 principes: les «Women’s Empowerment Principles». De nombreuses multinationales sur un plan mondial ont signé les WEP’s et de fait, ces engagements sont applicables à leurs filiales présentes au Maroc.

* ancien membre du Haut Conseil de l’égalité femmes/hommes. Il est également fondateur de l’Observatoire français de la RSE (ORSE) et consultant égalité des genres et crèches d’entreprise au Maroc