Par Omar M. Bendjelloun*

Les trois angles de la triangulaire monothéiste se neutralisent par des algorithmes complexes de manipulation politique : l’embuscade sioniste, l’essoufflement impérialiste croisé et l’Islam blessé en quête de renaissance. En période de crise sanitaire il suffirait de porter atteinte à la méthodologie discursive pour que le triangle s’enflamme à nouveau. A qui profitent les maladresses ?

Le dominant ne porte plus la phobie de la cohérence ni l’enjeu de l’équilibre. Un humoriste franco-africain qui répond au patronyme colonialo-autochtone de « Dieudonné M’bala M’bala » a subi le même traitement que Saddam Hussein : une coalition de décideurs occidentaux et un cartel de GAFA se sont substitués au Conseil de Sécurité et aux F16 pour lui interdire l' »expression ». En revanche, des dessins relevant d’une caricature de la liberté d’expression sont défendus par l’État au risque de désagréger la cohesion nationale. Le « deux poids deux mesures » ne voudrait en l’espèce rien dire, pourvu qu’on adapte l’alibi d’une tactique électorale interne aux enjeux de déstabilisation civilisationnelle.

En effet, les officines de communication ont diagnostiqué l’enchère haineuse à l’égard du bouc émissaire musulman pour conseiller aux décideurs un positionnement islamophobe afin d’occuper le potentiel de l’extrême droite anti-systemique. L’erreur, c’est que la conscience publique préfère la pièce authentique à la réplique et que la dictature du nombre n’est pas du bon côté que l’on suppose. La faute, c’est que ce cercle vicieux ne soit pas isolé des enjeux politiques en méditerranée, déterminée par l’équilibre fragile du monothéisme et une offensive sioniste supportée par l’Amérique et les seigneurs du Golfe. Aussi, les relais sionistes en Europe penseraient que l’extrême droite aurait changé de cible ou modifié son agenda communautaire : le marxisme nous enseigne que la contradiction accessoire n’annule jamais la contradiction principale.

Charles De Gaulle avait été diffamé par un journal satirique nommé « Hara Kiri », qui sera interdit par la justice. Les tenants de ce tabloïd ont changé de nom pour l’appeler « Charlie », surnom familier à connotation californienne en hommage au Général comme pour narguer sa dimension anti-atlantiste. La justice limiterait-elle l’expression à la personne de De Gaulle mais abolirait ses frontières aux symboles d’autres cultures ?

Dans la stricte traditions gaullienne, le Président Chirac a refusé de participer au complot irakien du début des années 2000, a « failli libérer » l’église Sainte Anne à Jérusalem et s’est déclaré contre la caricature outrancière des religions. Depuis, le sionisme taillera en France une classe politique à sa mesure pour neutraliser définitivement les piliers du conseil national de la résistance, à savoir le gaullisme et le communisme, qui avaient enrôlé les musulmans d’Afrique pour la libération de l’Europe et sa refondation à un moment ou leurs prières dans les rues ne gênaient personne.

La prévention de rigueur chère à cet acteur offensif greffé en Palestine donne l’impression de sa volonté d' »éviter les surprises », en sonnant le glas de la cohésion intérieure française pour neutraliser son rival nucléaire Méditerranéen en continuant d’installer son occupation au moyen-Orient. Cette récupération a permis la destruction de la Syrie, de la Lybie et du Mali sans vision stratégique valable ni le souci managérial des réactions et autres flux migratoires.

Aujourd’hui, cette prise en otage de la République en arrive à agiter un dessin pour échanger des menaces avec la Turquie à la veille de l’échéance du traité de Lausanne qui intervient en 2023, où l’ancien empire recouvre sa souveraineté sur le passage entre la mer noire et la Méditerranée. Si le parallèle avec l’Égypte des années 50 est envisageable, notamment entre Nasser et Erdogan autour du Canal de Suez et celui du Bosphore, Constantinople n’est certainement pas à confondre avec Bagdad, Damas ou Tripoli.

« Dividé Ut Regnès » disait César. En d’autres termes ressusciter les vieux démons entre la chrétienté et l’islam par la laideur et la misère, pour que le sionisme, fort de sa nouvelle « alliance sémite » avec les tribus wahhabites, fasse oublier son illégitimité, c’est là un acteur du triangle monothéiste qui oppose les deux autres pour se faire oublier.

La vraie victime de cette agitation est le porte-parole qui s’est permit de jeter de l’huile sur le feu en faisant l’apologie publique des dessins diffamants du symbole prophétique de deux milliards de musulmans, car par cet acte il aurait commis la caricature d’un « hara kiri »* politique, ce suicide chorégraphique des militaires japonais par le sabre Katana.

C’est Nietzche qui « préférait être à la périphérie de ce qui s’élève plutôt qu’au centre de ce qui s’effondre ».

*Omar M. Bendjelloun, Docteur en Droit & Avocat aux Barreaux de Rabat et Marseille