Par Adnan Debbarh

L’histoire de la présence française sur le continent africain est longue. Le maintien et le développement de cette présence multiséculaire et multiforme pose actuellement problème pour la France et ses partenaires.

Les dernières sorties du Président Emmanuel Macron sur le Sahel, du Ministre Bruno Lemaire sur l’industrie automobile, le revirement de l’Algérie sur la cession au Groupe Total des actifs de l’américain Anadarko font partie d’une longue liste de maladresses de la diplomatie française ces derniers mois, surtout à l’égard de l’Afrique francophone.

Avant d’essayer d’avancer quelques explications sur le style de la diplomatie française dans cette région, posons nous la question du pourquoi la France tient tant à cette zone ? 

Au-delà de l’histoire, de la francophonie, des intérêts économiques et humains, la France joue en réalité son siège au Conseil de Sécurité de l’ONU, c’est-à-dire son positionnement dans le monde.

La France bien que n’ayant pas participé de manière aussi importante, en hommes et moyens, que la Russie, le Royaume Uni et les USA à la défaite de l’Allemagne en 1945, elle a bénéficié d’un siège comme membre permanent au Conseil de Sécurité avec droit de véto. Elle a pu aussi garder l’ensemble de ses colonies et ses zones d’influence. Son accession rapide au club très fermé des détenteurs de bombes atomiques lui a permis de garder son statut de grande puissance à travers le monde, malgré l’accession de ses colonies à l’indépendance.

Le très convoité siège de membre permanent du Conseil de Sécurité a attisé ces dernières années les convoitises de plusieurs pays , Inde, Brésil et Afrique du Sud, côté pays émergents, comme ceux de l’Allemagne, puissance économique, et de l’ensemble régional qu’est l’Union Européenne(UE).

Maintenant que la Grande Bretagne s’apprête à quitter l’UE, la France va subir plus de pressions pour céder son siège à l’ensemble européen. Pour le garder, elle est obligée de multiplier ses actions militaires en Syrie et Sahel, montrer qu’elle peut mobiliser des voix dans les instances internationales. Bref jouer son rôle de grande puissance et cela demeure couteux en hommes et en moyens.

La France est la sixième puissance économique du monde. Elle s’est faite distancée ces dernières années par d’autres pays en termes d’investissements directs en Afrique et surtout par la nature des investissements. La France n’est pas la Chine, ou la Turquie qui peuvent délocaliser certaines de leurs industries bas de gamme sans problèmes. La France exporte vers l’Afrique des produits à forte valeur ajoutée industrielle et des services, elle exporte aussi des produits agricoles. La France importe certains produits industriels, agricoles et beaucoup de matières premières.

Le solde des échanges en valeurs est, il faut le souligner, presque à l’équilibre autour de 25 milliards d’euros d’import et le même montant à l’export. On est loin des déficits abyssaux africains en faveur des chinois et des turcs.

Alors où est le problème, pourquoi la France n’a plus « la côte » auprès de ses anciennes colonies ?

La France éprouve beaucoup de difficultés à se défaire de ses vieux reflexes paternalistes pour ne pas les appeler autrement. Cela agace de plus en plus ses partenaires, habités par leurs complexes de colonisés et courtisés par d’autres investisseurs plus agressifs.

Trois variantes du style « vieux jeux » de la diplomatie française. 

Sa présence dans le Sahel, lui coûte en hommes et en moyens, 500 millions d’euros par an. D’après la France qui se lamente, elle combat le terrorisme islamiste, très actif dans la zone et rempli son rôle de grande puissance. Subsidiairement elle protège deux des principales mines d’uranium dans le monde, situées entre le Niger et le Mali qui lui permettent d’alimenter 33% de ses centrales nucléaires. La France produit l’essentiel de son énergie électrique par le nucléaire. Les pays du Sahel le savent.

Le Groupe Total (français) est présent en Algérie dans les hydrocarbures, il a manifesté en août son souhait de reprendre les parts de Anadarko, société pétrolière américaine qui se retire de ce pays. Devant le peu d’enthousiasme des algériens, la presse française « s’inquiète » en septembre de l’état des réserves en devises de l’Algérie. On a évoqué des risques de « cessation de paiement ».

Les responsables algériens se sont empressés de faire passer une loi fin septembre faisant miroiter à Total un possible renoncement au droit de préemption. Accalmie française. Il y a trois jours l’Algérie a fait valoir ses droits, provoquant l’ire des français.

Le Maroc veut améliorer ses infrastructures et son transport. Une éventuelle offre chinoise meilleure que la française pour la ligne Marrakech-Agadir est sur la table. Par hasard, Le Ministre français de l’économie menace de retirer les investissements de son pays du Maroc. On rappelle le soutien de la France sur le dossier sensible chez les marocains du Sahara. On attend la suite.

La France, sixième puissance économique mondiale, membre permanent du Conseil de Sécurité, « ami » de l’Afrique, a besoin de changer de style et aussi d’avoir des partenaires fiables pouvant l’aider à maintenir et à développer sa présence en Afrique. 

Le Maroc dispose des qualités requises.

Adnan Debbarh, Analyste économique et Militant associatif