Par Abdessamad MouhieddineAnthropologue et écrivain.

Trêve de nihilisme et de manichéisme ! Face au Covid-19, le Roi Mohammed VI a démontré un sens du « bien public » rare et surtout un sens de l’Etat que nombre de chefs de grandes nations ne semblent avoir retrouvé que tardivement. Très tardivement pour certains, y compris le bouillant Trump!

Outre les mesures préventives et curatives drastiques auxquelles furent associées toutes les structures médicales civiles et militaires du Royaume, Mohammed VI a lui-même, dans la stupeur et le manque de réactivité d’un gouvernement hétéroclite si flasque, édicté des dispositifs socioéconomiques courageux et innovants au profit des classes moyennes inférieures et des couches sociales défavorisées.

La fermeture précoce des frontières du pays et l’acquisition de la totalité de la production marocaine d’hydroxychloroquine, qui avaient tant scandalisé nombre de nos partenaires, avaient constitué la première parade préventive contre le « tsunami » viral qui frappe aujourd’hui si tragiquement l’ensemble de la planète. Ce fut ensuite la mise en branle de moult partenariats qui ont abouti à la fabrication industrielle de dizaines de respirateurs et de millions de masques de protection devenus exigibles pour tous. 

Le monde entier salue aujourd’hui ces mesures auxquelles les grands pays développés ont fini par adhérer à leur corps défendant, et cela, en lui-même, constitue une fierté pour tous les Marocains d’ici et d’ailleurs.

Aujourd’hui, mon hommage à notre roi n’a d’égal que ma profonde et inaltérable aversion cérébrale et viscérale pour le Makhzen sous ses versions tant économique que politique. Et je n’hésite pas une seconde à crier simultanément un tonitruant « BRAVO ! » au Souverain, un ras-le-bolesque « CASSE-TOI ! » au gouvernement et un hurlant « BASTA ! » au sempiternel Makhzen.

Les sempiternels « niqueurs de mouches » ne se priveront pas de s’en aller palabrer sur ce qui distingue (ou pas) la personne royale du Makhzen. Je renvoie ceux-là aux épisodes historiques nombreux où le Makhzen était arrivé jusqu’à détrôner des sultans et même à fomenter des attentats ou des projets d’attentats contre Hassan II et même Mohammed V !  

J’aurais souhaité que cet élan protecteur et visionnaire dont a fait montre Mohammed VI puisse camper les détenus du « hirak » rifain qui ne demandaient pas plus que les moyens sanitaires, socioéconomiques et infrastructurels dont tout un chacun s’aperçoit aujourd’hui de l’extrême urgence. D’autant que le Souverain lui-même reconnut solennellement les graves manquements et carences dans l’exécution des grands projets initiés et validés en sa présence au profit des provinces déshéritées du Nord.

En vérité, le propos ici n’est pas celui de critiquer ou d’applaudir l’ensemble du bilan du règne sur une étendue de vingt ans. Il s’agit tout juste de relever le sens de l’Etat dont Mohammed VI a fait montre en ces temps inédits où la guerre mondiale a été déclarée à un virus particulièrement ravageur. 

C’est ce sens de l’Etat qui fut au rendez-vous -rappelons-nous-en !- pour l’édification des grands projets structurants, pour la modernisation du Code de la famille, pour le traitement juste et apaisé des « années de plomb » et, avant tout, pour la gestion du dossier saharien.

Hélas, en dépit d’un nombre impressionnant d’outils destinés à la lutte contre la pauvreté et voués à l’endiguement des déficits sociaux, dont l’INDH et la Fondation Mohammed V ne sont pas les moindres, l’enseignement, la santé et la justice demeurent aux derniers rangs des priorités nationales. Le « ruissellement » et le « développement inclusif » ne furent point au rendez-vous ! Certes, qui ne se félicite pas aujourd’hui des réalisations infrastructurelles marocaines, des autoroutes, ports, aéroports, lignes ferroviaires, tramways, industries automobile et aéronautique ou des grands pôles de développement ? 

Mais tout cela ne fait nullement développement humain, avec ses composantes territoriale, sociale, éducative et culturelle ! 

Cependant, l’honnêteté intellectuelle exige que l’on rende justice au Souverain d’avoir reconnu, en le regrettant et stigmatisant, l’essoufflement du modèle de développement initié depuis son intronisation.

C’est bel et bien cette même honnêteté intellectuelle qui incite aujourd’hui à rejoindre les hommages rendus de par le monde au Maroc et à son souverain ! 

En saluant le sens de l’Etat de Mohammed VI, je n’ai retourné aucune veste et je ne cherche à plaire ou à déplaire à quiconque. Ne devant rien et ne demandant rien à personne à l’âge qui est le mien, j’ai ma conscience (et mon honnêteté intellectuelle) pour moi. Viendra tôt ou tard l’heure de la reddition des comptes et, face à la colère des laissés-pour-compte, « la chèvre restituera sur la plaine ce qu’elle a brouté en montagne » ! 

Pour le moment, l’heure est à la mobilisation de tous dans le combat vital contre le « tsunami viral » meurtrier !  

« Une parole de vérité ne souffre aucune réponse », dit l’adage arabe.