Vous savez, on est né « petit-chercheur » ! Une curiosité obsessionnelle nous habitait, une passion intellectuelle que rien ne semblait pouvoir assouvir ; on posait énormément de questions, autant de questions que chacune en amène une autre… Peu à peu, on est censé passer d’un âge des « pourquoi » à un âge des « comment ».

Vous l’aurez compris, la réflexion critique et le questionnement des évidences relèvent de la nature humaine. Nous sommes enclin à remettre en question ce qui nous entoure vu que c’est le meilleur moyen pour conquérir une certaine liberté de pensée et d’action. Pourtant, cette « voix intérieure » qui interroge se métamorphose en un filet de voix qui s’estompe et disparait au fil du temps. La donne est renversée et nous vivons ainsi dans des illusions irréfutables et des évidences.

La recherche scientifique apparut dès lors comme un remède efficace susceptible d’éveiller derechef tout esprit critique. Mais la R&D et l’innovation sont-elles érigées en priorité nationale ?! Le Maroc est certes conscient de l’extrême importance de la recherche scientifique pour son développement, mais entre intentions et application pratique, il y a tout un hiatus.

En effet, le Maroc consacre à peine 0.8% de son PIB à la R&D contre 4% pour la Corée du sud. Ce pays asiatique qui a pu, malgré une période d’extrême pauvreté et une culture conservatrice de base, décoller en tête du Bloomberg Innovation Index et du Global International Innovation en 2019. Ceci dit, ce ne sont pas les idées ni les moyens qui font défaut au Maroc. C’est plutôt une question de volonté qui manque.

Pour redresser la barre, il faudrait investir beaucoup plus dans cette ère de la recherche, de la science et de la technologie. La recherche scientifique est une question d’engagement sérieux des pouvoirs publiques pour faire de la R&D, de l’innovation et de la créativité un levier de croissance et de développement. Le Maroc gagnerait à concevoir un système de recherche scientifique et de l’innovation (je pense particulièrement à la nature des sujets de thèse proposés) en phase avec le progrès socioéconomique du pays et en rapport avec les besoins des entreprises. Les travaux scientifiques devraient être valorisés et diffusés ainsi que vulgarisés auprès d’un large public. Et comme la pertinence des travaux dépend aussi des conditions dans lesquelles ces derniers ont été menés, le Maroc devrait augmenter les financements dédiés à la recherche scientifique, technologique et à l’innovation.

En conclusion, le « Maroc de demain » devrait être pensé dans une optique de R&D, de créativité et d’innovation. À cet égard, force est de reconnaître que sans liberté de création et de pensée, aucune avancée scientifique n’aura lieu. L’Université est appelée ainsi à adopter une nouvelle approche à même d’encourager la pensée réflexive et de développer l’esprit critique.

Habiba El MazouniAnalyste et Consultante en politiques publiques. Co-fondatrice de la plateforme AnalyZ