Tous les ans, à pareille période, le Maroc vit de nombreux moments joyeux et euphoriques qui tranchent sensiblement avec l’austérité ambiante quasi déprimante du reste de l’année. Ça commence dès l’avènement du printemps et ça continue jusqu’à la fin de l’été, sauf quand le sacré et mobile mois du ramadan se pointe en plein milieu – ce qui est déjà arrivé plusieurs fois. – et gâche ainsi la si belle période festive.

Maintenant que le ramadan est derrière nous et ne devrait plus, normalement, et pour un bon bout de temps, nous poser de problèmes d’intrusion en plein fiesta, nous allons enfin pouvoir profiter et nous amuser un max. 

Je disais donc que chaque année, à pareille période, une période d’ailleurs ensoleillée et chaleureuse qui s’y prête à merveille, le Maroc fait la fête quasiment sans arrêt.

Il y a, bien sûr, toutes ces cérémonies de mariage, de remariage, de baptême, de circoncision, bref, toutes ces bonnes occasions pour faire la fête, mais il y a, également, tous ces festivals de musique, de théâtre, de cinéma, d’arts populaires, d’arts de rues etc. qui sont organisés, un peu partout, et à peu près par tout le monde, mais, là, n’est pas mon propos.

Moi, j’avais d’abord envie de dire et d’écrire que tant que nous avons encore le coeur à faire la fête, ça veut dire que nous avons encore la possibilité d’être heureux.

Dit comme ça, ça peut paraître comme une lapalissade un peu puérile, mais je vous assure que c’est plus que profond.

Je vais essayer de vous expliquer.

Passons sur les fêtes familiales et autres qui sont plus de l’ordre du privé, et parlons plutôt de ce qui est public, autrement dit, ce qui concerne et s’adresse à la majorité de la population. Je préfère utiliser le mot « population »car le mot « peuple » est utilisé à tort et à travers, surtout par les démagogues et les populistes de tout bord, souvent pour mieux l’embobiner et le manipuler.

Je voudrais parler essentiellement de tous ces festivals, grands ou petits, coûteux ou bon marché, subventionnés ou sponsorisés, très bien organisés ou très mal organisés, ceux qui s’adressent à la grande majorité, ceux qui arrivent à assurer une bonne mixité sociale, ou bien ceux qui sont hyper élitistes, limités aux seuls nantis et nababs de ce pays, bref, tous ces moments qui permettent à tous les gens, qui ont beaucoup d’argent, peu d’argent ou pas d’argent du tout, c’est-dire tous les citoyens et citoyennes de ce bled que nous aimons pour autant pour tous ses atouts que pour toutes ses tares, de s’amuser, de faire la fête, et de partager la joie de vivre, au-delà de toutes leurs différences.

Ces festivals ont au moins un dénominateur commun : à des degrés divers, ils nous permettent de connaître l’autre, de s’ouvrir à lui, de l’écouter, de lui parler, d’échanger avec lui, de partager avec lui, de savoir ce qu’il fait, de lui transmettre ce que nous faisons, donc, de mieux le connaitre et lui donner l’occasion de mieux nous connaitre.

Je suis profondément convaincu que ce sont, entre autres, ces occasions qui nous enrichissent notre intelligence et notre spiritualité, et nous permettent de développer et de renforcer notre humanité.

Cette conviction, je la partage avec bon nombre de mes amis et de mes proches, qui ne sont pas forcément des mécréants ou des impies, mais qui, d’abord et avant tout, aiment les gens et aiment la vie. Et je suis plus que sûr que la majorité des Marocains et des Marocains partagent cette vision et cet amour.

Et c’est pour cela que devons dire à tous ces prétendus gardiens du temple auxquels personne n’a jamais donné de procuration, tous ces faux dévots, et, je vais le dire, tous ces faux jetons qui veulent avoir le pouvoir pour nous empêcher de vivre notre vie, nous leur disons que nous n’allons pas les laisser faire, que nous allons continuer de faire la fête comme nous le voulons, autant que nous le voulons, et avec qui nous voulons.

Qu’ils sachent que nous n’avons pas peur de l’enfer qu’ils nous promettent en cas de non respect de leurs faux préceptes, et que leur paradis, s’ils ont ses clés, comme on dit chez nous, alors qu’ils s’y enferment, seuls, eux et leurs semblables, jusqu’à la fin de l’éternité. 

Ouf ! Qu’est-ce que ça fait du bien de dire ce qu’on pense à ceux qui ne veulent pas nous laisser penser et agir comme on veut. 
A vendredi prochain pour un autre vendredi, tout est dit. D’ici là, amusez-vous bien. 

Vive la culture, vive la fête et vive la vie.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma