La défense de l’enseignement public fait partie de l’héritage génétique de la gauche partout dans le monde. Le parcours socialiste et progressiste au Maroc n’échappe guère à cette tradition.

Le pays qui doit son premier soulèvement populaire de l’après indépendance, un certain 23 mars 1965, à la défense du droit inébranlable des enfants du peuple dans l’accès à l’école, a finalement produit l’un des systèmes scolaires les moins performants dans le monde.

Comment en sommes nous arrivés là ? Comment en 50 ans, ce rêve commun qui fut porté pendant des années, par des générations entières, comme étant le coeur de la construction d’une future citoyenneté et dignité populaire, a-t-il été broyé dans une course collective et plus ou moins consciente vers la médiocrité ?

Depuis quelques années, au moins depuis 20 ans, cette médiocrité est expliquée par certains dirigeants du pays (parfois ouvertement, souvent timidement) par les freins de l’arabisation et de la gratuité. Rarement, la question stratégique de la Volonté politique (celle de considérer les marocaines et les marocains comme la première ressource du pays) n’est abordée. Et nous n’en ferons rien dans ces lignes, par pudeur … ou par tempérance.

Nous nous limitons à discuter la question la plus brûlante : celle de la gratuité. Sur le plan du principe, c’est l’un des sujets qui crée le plus de fracture d’opinion au Maroc. Dans le camp de la gauche, il est forgé en principe quasi sacro saint. Il est juste omis que jamais la gratuité n’a été une finalité en soi, mais le droit de tous et de tout(e) un(e) chacun(e), d’accéder à une « éducation de qualité ».

Il ne peut être nié que le système public d’enseignement manque de moyens. Même s’il est réputé budgétivore, le secteur de l’éducation publique au maroc est parmi les plus mal classés de la région MENA en terme de budget moyen par élève/étudiant. Le sous encadrement (mesuré par le nombre d’élèves par enseignant) est réel. Les salaires des enseignants sont démotivants et n’attirent pas les meilleurs profils. Les conditions logistiques d’accueil et de fonctionnement sont au mieux insuffisantes, au pire dégradantes … etc.

Est ce que L’Etat est en mesure de couvrir cette augmentation continue des besoins ? Sincèrement, les avis divergent tellement sur cette question et les débats sont tellement divergents qu’on se résigne à croire que nous n’en savons rien. Mieux : il paraît plus sage de ne pas s’en soucier, compte tenu de la criticité de la situation.

Quand l’Etat échappe à la Volonté populaire, ou quand ses priorités relèvent des zones impénétrables des seigneurs, il apparaît à nouveau plus sage de faire avec. La verticalité et la légitimité du pouvoir l’imposent.

La renaissance du système d’enseignement public au Maroc exige, nous semble t-il, deux orientations dialectiques : 
1. La reconnaissance du droit de chacun à la meilleure formation. 
2. La non gratuité de l’enseignement public.

Comment ? Un concept magique : la solidarité. Si Rosa Luxembourg disait il y a un siècle : « Prolétaires du monde entier, unissez vous ! », il semble possible de crier (avec ferveur et grandeur d’âme) : « Enfants des prolétaires du Maroc, financez-vous ! ».

À suivre …

* Docteur en Sciences de Gestion 
– Consultant en management