Abdessamad MOUHIEDDINE

Fort d’une longue tradition née au sein même de la matrice du combat pour l’indépendance, le socialisme marocain vient de rendre l’âme après une longue agonie. Ses exécuteurs ne lui sont point étrangers. Ce sont ses propres « éléphants » si ventrus et si gourmands en privilèges. Chronique d’une mort proprement criminelle.

Pourtant, l’idée centrale du socialisme marocain était des plus belles, des plus lumineuses et des plus généreuses. Elle portait en elle la solidarité et même cette fraternité depuis longtemps véhiculée par la magnifique tradition de la « Jma’a » amazighe et l’héritage islamique d’«Attakafol » que les premiers ténors du socialisme marocain, notamment My Abdallah Ibrahim, ont épousés.

Mais il aura fallu que le collectivisme drapé de « socialisme scientifique » vienne s’incruster dans cette appropriation marocaine de l’idéologie théorisée par Pierre-Joseph Proudhon. Durant près de deux décennies, le socialisme marocain s’est attelé à un rigorisme dogmatique radical avant de se convertir en janvier 1975 en un parti social-démocrate sous le label de l’USFP.

Longtemps l’UNFP a prôné l’exclusivisme légitimaire, le rigorisme idéologique et la négation frontale du système monarchique qui, se son côté, n’a point hésité, pour sa propre survie, à user des pires pratiques barbares pour contrer le radicalisme socialiste allié naguère au tiers-mondisme, au nassérisme, au baâsisme comme à la sphère pro-soviétique.

Peu à peu, l’essence humaniste du socialisme a disparu au profit d’un collectivisme négateur des spécificités ethnoculturelles et, par conséquent, la spécificité de l’individu. Sous le prétendu alibi de la réalisation du fameux « bonheur de tous » sous la bannière totalitaire.

Il est pourtant partout le même, notre concitoyen, tout comme l’est notre frère l’homme. Le dresser contre son prochain, à travers des idéologies ou des croyances idolâtriques, n’est rien d’autre qu’un asservissement à de sordides intérêts. L’axiomatisation des êtres humains au service d’inavouables desseins, souvent teintés de vernis axiologique, s’est avéré – par la puissance de la vérité historique – tout simplement criminel.

Dans cette affaire, la victime est aussi responsable de son misérable destin que le criminel de son forfait. Car, passer son existence à vénérer un homme, une idée ou, pire, une idéologie chimérique, revient à dilapider son tonus vital dans une cellule aux dimension d’une nation !

Mais au lendemain de la conversion du « Parti des forces populaires » à la social-démocratie, et dès la disparition du fin démocrate et leader charismatique que fut feu Abderrahim Bouabid, qui pouvait tenir tête à la férocité de feu Hassan II, bloquant toutes les tentatives de domestication des cadres socialistes par ce dernier, la citadelle de l’USFP fut peu à peu fissurée et ses « éléphants » furent soudoyés l’un après l’autre par la machine basrienne.

L’actuel patron de l’USFP dont la honteuse réélection pour un troisième mandat vient attester d’une servilité inouïe, constitue le profil typique de « l’éléphant » métamorphosé en « caniche » !

Driss Lachgar, ainsi dépourvu de scrupules et du moindre état d’âme, peut aujourd’hui s’enorgueillir d’avoir converti le Parti des forces populaires en un médiocre appendice des forces possédantes ! Ce Driss-là a surpassé les voeux de son défunt homonyme qui fut, rappelons-le, son illustre « officier traitant » et donc son premier mentor politique ! Chassez Driss, il revient au galop ! En plus ventru et autrement plus sournois.

Ce Driss-là vient, en effet, de planter le dernier clou sur le cercueil de l’USFP. Toute honte bue et sans le moindre complexe !  

Paix à l’âme du socialisme marocain ?