Je vous crée, constitue et reçois … Présentateur télé .
Il y a quelques mois, le monde stupéfait, découvre un présentateur télé 100% numérique. Il est capable de réagir aux informations urgentes, d’interagir avec les journalistes correspondants et même de faire preuve de sens de l’humour. 

Le monde promis par le développement des technologies Data remet en cause radicalement et très rapidement les bases du règne humain. La tour de Babel se reconstruit dans une nouvelle langue universelle : logarithmique. L’humanité crée des scénarios de conscience, des modes de pensée et des émotions simulées. C’est Virtuel, mais personne ne peut plus dire que ce n’est que virtuel. Ce VIRTUEL est devenu une affirmation de gravité plus forte que le fait de dire que c’est RÉEL. 

Nous avons appris que face à l’ouvrage mythique, Jehovah  s’était montré jaloux, a détruit l’ouvrage Babylonien et éparpillé l’humanité en plusieurs nations parlant différentes langues. Mais les concepteurs des technologies du Big et du Small Data s’y préparent et se défendent. Dans ce monde, la puissance est du côté des concepteurs, des hébergeurs  … et nous n’en faisons pas partie. 

Nous aurions pu, au tout début des années 2000. Tout encore était possible. Mais une vision de survie consommatrice a choisi pour le Maroc l’option de la prestation de services de masse. Le Maroc a intégré les transformations de l’humanité par la branche qui semble aujourd’hui la plus jetable : les centres d’appels. Il est quasiment certain, compte tenu des révolutions en cours que le métier de télé-opérateur enrichira le musée des fossiles dans moins de 10 ans.

Émergence, disaient-ils. Une vision aveugle payée à coup de milliards à un cabinet international ramené pour penser à la place d’incompétents auto-suffisants et pédants. La Chine, l’Inde, la Nouvelle Zélande, l’Indonésie… ont pensé par eux-mêmes. Dans un schéma simple de valorisation du savoir. Ils ont certainement fait moins de discours incompréhensibles qu’on en fait chez nous. Il y’a chez eux beaucoup moins d’amateurs de la courbette. Ils savent mieux percer le futur sans qu’on y parle de sacré. 

Le passage de la modernité à la postmodernité crée des écarts irrécupérables. La digitalisation signe le glas du règne du monopole et des polarités. Elle favorise l’émergence de marchés nouveaux,  atomisés, avec de nouveaux facteurs clés de succès et des propositions de valeur différentes. 

Dans la complexité du monde qui s’offre à nous, avec ses opportunités et ses menaces,  les représentations classiques (sinon archaïques) qui guident nos dirigeants et nos politiciens constituent la preuve que nous vivons au passé. 
Une révolution culturelle totale, du zénith au nadir, est la seule en mesure de nous permettre de faire partie du monde qui se prépare.

En avons nous le courage ? Pouvons nous assumer les remises en cause des acquis rentiers,  des semblants d’entreprise et d’activité soi-disant économique que ce nouveau monde va de toute évidence nous imposer ? Sommes-nous prêts à accepter les renversements de pyramide sociale que produit la valorisation de l’intelligence, de la création et des talents ?

Hassan ChraibiDocteur en Sciences de gestion et Consultant en Management et Gouvernance institutionnelle.