Nous avions dit, la semaine dernière que la renaissance du système d’enseignement public au Maroc exige, nous semble t-il, deux  orientations dialectiques : 1. La reconnaissance du droit de chacun à la meilleure formation. 2. La non gratuité de l’enseignement public. 


Comment ? Un concept magique : la solidarité.


La création de cette chaîne de solidarité « endogène », ne signifie en aucun cas la marchandisation des prestations d’enseignement. Il ne s’agit pas de rendre l’enseignement public payant pour les parents d’élèves et ce, quelque soit, leur niveau de revenu. Plusieurs principes de justice sociale s’y opposent :


1. Le principe de neutralité des citoyens face à tous les services publics universels. Si un parent d’élève payait plus qu’un autre, il n’existerait aucune garantie sérieuse que son enfant ne bénéficie de conditions plus favorables que les enfants dont les parents auraient moins payés (pour indigence par exemple).


2. Le principe de majorité de tout citoyen à 18 ans. Cette majorité est inscrite dans la constitution. Elle rend chaque individu responsable de ses choix et de ses décisions. Rendre la continuation des études d’un bachelier majeur tributaire du financement de ses parents, c’est ôter à l’étudiant qu’il est devenu, la possibilité de choisir le type d’études qu’il souhaiterait suivre et le métier qu’il aimerait exercer (alors, le Maroc ne pourrait jamais disposer de ses Molière, Woody Allen, Marie Curie … et autres exemples de trajectoires choisies malgré des parents qui s’y opposaient).


A quoi pourrait donc ressembler cette chaîne de solidarité endogène ?

Il s’agit d’un règlement à postériori des frais de scolarité au prorata du revenu/salaire du diplômé de l’enseignement supérieur pendant les 7 premières années de sa carrière et de manière dégressive. Par exemple :
– 7% jusqu’à sa troisième année de carrière. – 5% jusqu’à sa cinquième année de carrière. – 3% jusqu’à sa septième année de carrière.


Ce caractère dégressif serait juste car il permet de tenir compte de l’augmentation des coûts de la vie en corrélation avec l’âge (mariage, enfants, …etc.).


Ainsi, chaque membre actif de la communauté participe au financement du système dont il est issu, autant par gratitude que par solidarité avec les générations futures. En contre partie, le système d’enseignement public ouvre ses instances de gouvernance (conseils d’établissement, d’universités, …etc.) d’une manière conséquente aux représentants des lauréats pour qu’ils participent activement à leur développement et à la surveillance de leurs actes. Les ressources issues de cette solidarité doivent se consacrer uniquement à l’investissement et à l’équipement sans jamais couvrir les besoins de fonctionnement. 


Une telle démarche serait une forte expression en faveur d’une société solidaire et juste, que le système public d’enseignement doit être le premier à refléter. 


Est ce suffisant ? Bien sûr que non. La crise de l’enseignement au Maroc est systémique. Nous y tenons ici un petit bout symbolique et introductif, mais nous aurons l’occasion d’en traiter bien d’autres. 


Hassan Chraibi, Docteur en Sciences de Gestion – Consultant en management