J’ignore si la cause est culturelle, cultuelle, ou juste de la fumisterie structurelle, mais, au Maroc, nous vivons en permanence le syndrome du provisoire qui dure. 

J’ai mille exemples à vous donner, mais je vais me limiter à deux qui me semblent les plus caractéristiques dans notre société considérée, à tort ou à raison, comme en perpétuelle mutation. 

Je vais commencer par un phénomène qui existe, il faut le souligner, dans de nombreux pays dans le monde, notamment dans ce qu’on appelait “le tiers-monde”. Il s’agit des bidonvilles. C’est un terme qui n’est pas joli-joli, mais qui a au moins le mérite de bien définir de quoi on parle.

L’apparition dans notre pays de ces cités de la honte, de la misère et de la vie primaire, auraient vu le jour pour la première fois, selon notre confrère “Zamane”, à Casablanca, au début des années 50 du siècle dernier. Les premiers habitants étaient, pour la plupart, des paysans ou des éleveurs qui ont été poussés, les uns par la sécheresse, les autres, par l’absence ou la petitesse des terres, à émigrer vers la grande ville la plus proche, celle en tout cas qui était censée leur fournir du travail et leur procurer un revenu pour vivre et faire vivre leurs familles.

On avait donné à ce mouvement une appellation très sociologiquement correcte : “l’exode rural”, comme si c’était quelque chose de normal, de naturel.


Au début, c’était quelques centaines, ensuite, des milliers, puis, plus tard, des centaines de milliers, qui sont venus de toutes les campagnes du Maroc pour s’installer à la périphérie de pratiquement toutes les grandes villes du pays. Et comme on ne combat presque jamais un phénomène “normal”, “naturel”, on a laissé faire. On aurait même encouragé ce type d’habitat “insalubre”, et aidé à se développer, parce que, dit-on, les habitants de ces bidonvilles se sont avéré être très dociles, et devenaient très vite des électeurs potentiels achetables à très bas prix.

De temps à autre, on faisait semblant de vouloir mettre fin à ces baraquements disgracieux qui s’installaient parfois  jusqu’aux aux abords de zones résidentielles, non pas pour narguer leurs habitants, mais juste leur montrer et leur rappeler que eux aussi, ont le droit d’avoir un toit.

Il a fallu plus d’un demi-siècle, et une terrible tragédie dont les jeunes protagonistes étaient tous issus d’un de ces affreux bidonvilles, pour que l’Etat décide enfin de lutter contre cette gangrène urbanistique avec le slogan devenu célèbre : villes sans bidonvilles.

Nous devons reconnaitre que ce plan qui était à la fois courageux et ambitieux, a connu un certain succès, même s’il y a encore beaucoup à faire, surtout en termes de qualité de vie dans ces nouvelles cités construites en dur, et dont certaines sont, hélas, plus des villes pour dormir que des villes pour vivre. Vous avez dit provisoire ?

Le 2ème exemple que je voudrais donner et qui illustre assez bien cette politique du provisoire durable, ce sont les fameux marchands ambulants et qui n’ont plus d’ambulants que le nom puisque beaucoup d’entre eux se sont carrément installés soit là où ils ne faisaient que passer, soit là où ça les arrangeait le plus.

Il faut reconnaître que les pouvoirs publics ont, là aussi, essayé de temps à autre, ça et là, de trouver des solutions de rechange, comme par exemple, la construction de marchés en dur. Mais dans beaucoup de cas, peut-être se sentant forts par leur nombre très élevé ou trop sûrs d’eux en raison du bakchich institutionnalisé qu’ils donnent régulièrement, voire quotidiennement, ces marchands ambulants préfèrent décliner cette offre de sédentarisation qu’ils estiment souvent moins rentables que leur commerce qu’on appelle, pour la forme, informel.

Et c’est ainsi, parce qu’on n’a pas réussi à trouver aucune vraie solution à ce “grand problème social”, on ferme un oeil un jour, le second l’autre jour, et les deux la plupart des autres jours. Résultat, le phénomène grandit de jour en jour et bien malin celui qui est capable de vous dire quand ça va arrêter, si jamais ça arrêtera un jour.

Nous avons parlé des marchands ambulants qui prennent place où bon leur semble, sous le regard hagard des agents chargés de les pourchasser sans les chasser, mais nous pouvons autant parler sinon plus encore de tous ces faux vrais-gardiens de voitures et tous ces vrais-faux mendiants qui, sous prétexte que la vie est dure, nous harcèlent partout et à longueur de journée et de nuit, en toute légalité et en toute impunité, autrement dit avec la bénédiction ou le laisser-faire, ce qui revient au même, de qui de droit..

Eux aussi sont là depuis longtemps, eux aussi font partie du “grand problème social”, et eux aussi vont rester là, avec nous et surtout contre nous, jusqu’à ce qu’on leur trouve dans un demi-siècle, peut-être, une énième solution… provisoire.

Bonne semaine quand même et à Mardi prochain.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma