A la veille de chaque élection, nous assistons à une mobilisation des partis politiques et de la société civile pour exhorter les Marocains à aller voter en masse. Cela sous-entend que si le Marocain votait, la démocratie serait préservée et comme si ce sont les élections qui conditionnent, donnent un sens à la démocratie.

Or, les élections ne déterminent pas le niveau de démocratisation d’un pays et peuvent même retarder le processus démocratique.

Il faut distinguer entre deux types d’élections. Celles qui ont lieu dans les pays démocratiquement avancés, où l’Etat de droit est bien enraciné. Elles sont conçues comme un moyen pour permettre l’émulation et l’alternance des programmes partisans, dans le respect des valeurs démocratiques déjà en place, partagées par toutes les strates sociales.

Il s’agit là essentiellement de compétition entre classes politiques et confrontations de leurs programmes respectifs, le citoyen lambda votant ou s’abstenant, peu importe, dès lors que la démocratie est chose acquise et bien ancrée dans les mœurs.

A l’opposé de ces élections – moyen telles qu’elles fonctionnent dans les pays démocratiques, il existe l’autre type d’élections, c’est à dire les élections-fin en elles-mêmes telles qu’elles sont conçues dans les pays démocratiquement moins avancés.

Le souci des gouvernants, avec la complicité de la classe politique est de faire croire aux populations que déjà organiser des élections, est un acte hautement démocratique et qu’aller voter, est un acte hautement patriotique. Comme si après l’organisation des élections et le vote, la démocratie sera au rendez-vous et le Marocain n’aura plus qu’à s’en délecter, dans l’attente d’une prochaine étape de manifestation démocratique.

Faut-il donc le rappeler, ce genre d’élections n’a rien à voir avec la démocratie, pire encore, il la retarde pour ne pas dire assassine tout espoir de démocratisation, dès lors que le Marocain croit vivre dans la démocratie, la sienne, c’est à dire une démocratie – illusion.

Aujourd’hui, les Marocains ne s’intéressent plus aux querelles idéologiques, aux clivages politiques, à la segmentation du régime en place ou au type de pouvoir. Ce qui importe le plus, c’est la bonne gouvernance.

Le credo qui doit être véhiculé actuellement par la classe politique doit avoir pour nom le combat contre l’exclusion, contre le mépris et l’humiliation des miséreux.

Le credo à véhiculer doit être sous l’enseigne d’un grand combat (الجهاد الأكبر) contre la corruption, les passe-droits et le népotisme. Ce sont les seuls credo qui vaillent et demeurent évocateurs aujourd’hui face à la nécrose de l’action partisane, la gueuserie et la langue de bois du discours politique.

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA