Par Mohammed EL KHOUROUJ

La sépulture du regreté de la nation marocaine feu El Youssoufi est à peine recouverte de terre que l’ignorance et la bêtise humaine ont fait éruption sur la scène public. 

Nous avons tous été témoins de l’ignominie qui a heurté notre conscience collective, ignominie dont le seul objectif est de salir la mémoire de cette figure emblématique que représente pour le peuple marocain son regreté Monsieur El Youssoufi. Hier, en regardant l’hommage qu’a rendu la télévision marocaine à ce grand résistant, j’ai pu mesuré l’étendue de son apport à son pays  dont il n’a cessé, sa vie durant, de hisser son drapeau sur les plus hauts sommets. 

Mais ce qu’ignorent ces profanateurs, c’est que l’acte de badigeonner une plaque par des excréments n’atteint en rien le symbole que représente pour nous ce grand homme d’État car comme tout symbole, il a cette faculté de transcender la matière et se placer ainsi entre ciel et terre dans ce monde intermédiaire que notre Tradition nomme  le BARZAKH .

Ainsi les profanateurs qui ne sont que des ignorants ne pourront en aucun cas atteindre le sacré et le consacré en manipulant des excréments qui  sont des déchets que même le corps répugne à garder. 

Ont-ils mal lu ou mal interprété l’enseignement de l’alchimie de Zosime et de Jaber Ibn Hayyan (Geber) et crû qu’ils allaient transmuer des excréments en Or ou en pierre philosophale ? C’est possible !

Seraient-ils des adeptes du dieu romain Stercus qui selon Saint Augustin était le père de Picus ? Ce fumier dont se servaient les agriculteurs pour enrichir les terres mais qui dans le cas qui nous concerne s’avère  inefficace du fait qu’une plaque de marbre n’est pas le terreau adéquat. C’est possible !

Seraient-ils plutôt ces gens du culte du diable qui faisaient de leurs excréments des sacrements, ces diables que l’Eglise Catholique condamnait et pourchassait pour leurs pratiques sataniques qui avaitent atteint le paroxysme de l’hérésie ? C’est possible !

Seraient-ils ces névrosés qui relèveraient de la psychanalyse et que Freud a classé dans la catégorie des gens qui souffriraient du syndrome d’une vie pultionnelle inconsciente et refoulée que l’avarice a poussé  dans leurs retranchements jusqu’à réutiliser leurs défections à des fins purement économiques ? C’est possible !

Alors comment pouvons-nous concilier le noble et l’ignoble, les valeurs et le manque de valeurs ? Nous sommes conscients que nous vivons tous  dans le monde  de la dualité , monde que les philosophes Pythagore et Héraclite  nommaient  le monde des opposés , ce monde dont a fait aussi sien le psychanalyste Karl Gustave Jung  et dont il nous revient  de réaliser la conjonction afin d’atteindre l’Unité. 

A nous donc de procéder tels les hermétistes dont l’enseignement consiste à séparer le subtil du vulgaire. A nous citoyens de ce pays que revient le devoir de faire la promotion des valeurs qui hisseraient  l’homme vers le Plérôme  de la connaissance et de condamner  par conséquent toutes sortes de violence et  violations qui toucheraient de près ou de loin à la sacralité de l’homme. 

A ceux qui ont en la charge d’éveiller les consciences de remplir leurs devoirs pour continuer à faire de ce pays cher à nos coeurs un havre de paix.

La symbolique des excréments est à mettre  certainement en lien avec la difficulté à assumer une différence entre l’intimité et la sociabilité. Celui qui s’exprime ainsi confond ce qui peut se montrer avec ce qui doit se cacher aux yeux de tous. Je  dirais même en vous demandant des excuses que « manipuler de la merde c’est finalement se prendre pour de la merde ». 

En guise de conclusion, je tiens à faire un clin d’oeil à la poésie qui a élevé l’homme au rang de philosophe, au rang de Pontife qui a relié le ciel à la terre. Je vous propose  ici un poème de David Friedrich Caspar, ce peintre allemand du 18ème siècle qui disait à propos de la profanation :

On a tagué le cimetière 

Rassemblant alors leur poussière 

Les Morts outragés ont surgi

De leur linceul et de l’oubli 

Attendant l’imbécile impie

Qui inconscient a tout détruit 

Il reviendra, c’est obligé !

Et la foule des En-allés 

Silencieuse et pâle cohorte 

S’est massée derrière la porte 

De la nécropole endormie

Guettant l’irresponsable qui

A profané le lieu sacré 

Elle a le temps de l’éternité 

Pour rendre enfin son jugement 

La meute est là et elle attend.