Les récentes réorientations diplomatiques marocaines esquissent les contours de nouvelles alliances

C’est à l’aune de la célèbre formule selon laquelle en matière de relations internationales on n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents mais uniquement des intérêts permanents, que le ministre marocain des Affaires étrangères a tendu la main à l’Afrique du sud pourtant même que ce pays est un fervent allié du Polisario. Considérant la position géographique du Maroc et de l’Afrique du Sud, le chef de la diplomatie marocaine estime que les deux pays ne doivent normalement pas avoir de problèmes bilatéraux surtout qu’ils ne partagent pas les mêmes frontières et n’ont pas de problèmes territoriaux.

Ce pragmatisme de Nasser Bourita et cette nouvelle approche marocaine dans les relations internationales du royaume, prennent origine dans ceux prônés par le roi Mohammed VI dans son discours du 6 novembre 2018 à l’occasion du 43e anniversaire de la Marche Verte dans lequel le souverain avait rappelé que le «la gestion des grandes affaires du pays repose sur le travail sérieux et le sens de la responsabilité sur le plan interne, et sur les principes de clarté et d’ambition qui orientent [la] politique extérieure» du Maroc.

Partant de ce principe, et rappelant les sacrifices du Maroc et de l’Algérie qui se sont dressés contre le colonisateur dans un combat commun, Mohammed VI a annoncé vouloir «en toute clarté et en toute responsabilité» ouvrir un «dialogue direct et franc avec l’Algérie sœur, afin que soient dépassés les différends conjoncturels et objectifs qui entravent le développement [des] relations des deux pays. » En proposant solennellement à l’Algérie la création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation, le roi du Maroc a donné le signal à qui veut l’entendre qu’il n’y a point de tabou en termes de politique étrangère.

D’ailleurs, un des fervents partisans de la pseudo-RASD, en l’occurrence le Mozambique, a dépêché au Maroc,  la semaine écoulée, son ministre des Affaires étrangères porteur d’un message de son président au roi Mohammed VI. Et Rabat n’avait pas hésité le mois dernier à apporter son aide à ce pays suite aux violentes intempéries qu’il a subies.

Même sur le plan militaire, un pays comme Djibouti, dont personne n’ignore l’importance de sa position géostratégique sensible dans la Corne de l’Afrique convoitée par les chinois, saoudiens et émiratis, a envoyé son chef d’état-major, le général Zakaria Cheikh Ibrahim, rencontrer le général marocain Abdelfattah Louarak, inspecteur général des FAR, pour s’enquérir des possibilités et moyens de booster la collaboration et la coopération avec les Forces armées royales.

Et moins de deux ans après sa longue tournée africaine qui l’avait conduit en Guinée, au Ghana, au Kenya, au Zimbabwe et en Côte d’Ivoire, le roi Mohammed VI est attendu pour cette fin de semaine en Angola, au Nigeria et au Sénégal. En plus du développement des relations bilatérales avec ces pays, il sera bien sûr aussi question des dossiers régionaux brûlants, notamment ceux concernant le continent, en priorité la situation au Soudan et en Libye. Sur ce dernier dossier, le Maroc avait accueilli les pourparlers de paix en Libye ayant donné lieu aux Accords de Skhirat que la France et les Émirats arabes unis ont tenté de torpiller.

Pour l’anecdote -qui a toute sa portée géopolitique- le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, lors de sa récente tournée marathonienne dans certains pays du CCG, et qui l’a conduit au Koweït, en Arabie saoudite, au Bahreïn, au Qatar et au Sultanat d’Oman, a fait l’impasse sur les Émirats arabes unis pour se rendre directement à N’Djamena et remettre un message royal au président tchadien Idriss Deby après une brève escale à Rabat où il a reçu le Haut-Représentant des Nations Unies pour l’Alliance des civilisations, Miguel Angel Moratinos.

La visite de l’ancien chef de la diplomatie espagnole, qui intervient quelques jours après celle du Pape François à Rabat, a permis de conforter la position du Maroc sur Al-Qods et de passer en revue les tenants et aboutissants de l’appel de Jérusalem lancé par le roi Mohammed VI et le souverain pontife, et rappeler par l’occasion la position centrale qu’occupe la Cause palestinienne dans le monde arabo-musulman.

Et c’est dans ce contexte particulier que le sous-Secrétaire d’Etat américain pour les affaires politiques, l’ambassadeur David Hale, a visité le Maroc où il a rencontré plusieurs responsables marocains, parmi eux Nasser Bourita. Le responsable américain était curieux de connaître les dessous de la Déclaration de la Conférence ministérielle Africaine sur l’appui de l’Union Africaine au processus politique des Nations Unies sur le différend régional sur le Sahara qui a constitué un vrai coup de maître de la diplomatie marocaine qui a complètement déstabilisé le Polisario. Et même si l’Algérie et l’Afrique du sud ont décidé de boycotter cette Conférence car ils proposaient un processus parallèle à Pretoria qui, au passage, a tourné au fiasco, la main de Rabat reste tendue à ces deux pays pour une réelle construction africaine basée sur le respect mutuel loin de toute immixtion dans les affaires intérieures des uns et des autres.

Abdellah El Hattach Analyste et expert en stratégies et affaires publiques.