Aimer son pays n’exonère pas de le questionner.
Je suis de ceux qui croient que notre système politique ne s’apparente ni aux modèles des Monarchies du Golf ni à ceux des Monarchies Scandinaves. Nous sommes en face d’un système politique sui-generis qui a atteint aujourd’hui ses limites, mais qui ne saurait être réformé qu’à partir de l’existant, c’est-à-dire du réel et non sous le prisme d’une quelconque utopie de vouloir greffer des modèles politiques, aussi sophistiqués soient-ils?

Je participe du registre de l’observation factuelle et de l’analyse et non des jugements de valeurs ou des vœux pieux, de même que je répugne les faux-semblants, les faux-fuyants et les simulacres car n’est vrai que le langage de la vérité!

Le Maroc a, un demi-siècle durant, essayé les gouvernements des partis administratifs que j’appellerai personnellement « partis d’appoint ».
Il a ensuite essayé le gouvernement de l’alternance CONSENTIE. Et, il essaye depuis 2011 des alternances issues des « urnes ».

Néanmoins, force est de reconnaître que le centre de gravité du pouvoir n’a pas bougé d’un iota, au niveau des us & coutumes de l’exercice du pouvoir, nonobstant les avancées démocratiques enregistrées dans le texte fondamental, qu’est la Constitution.

J’en profite ici pour rappeler que la démocratie n’est pas seulement des textes ou des procédures, mais c’est aussi et surtout le respect de l’esprit de ces textes. Il est temps d’inventer autre chose, pour épargner les marocains des faux débats, dans une démocratie en laisse!

Nous, autres Marocains, avons perdu beaucoup de temps à épiloguer sur le gouvernement issu des urnes, qui n’est en fait qu’un patchwork de ministres-parades sans pouvoir ni savoir, aux ordres de commis d’Etat, inamovibles.

Demandez par exemple à notre ministre des finances comment seront tenus nos comptes sociaux l’année prochaine…

Demandez à notre ministre de la culture quel est le niveau de notre patrimoine en monuments historiques…

Personne ne saura vous répondre, tout simplement parce que tous ces ministres ne savent rien, n’ont aucune information….

J’estime que continuer à bavarder sur la monarchie parlementaire ou la séparation du temporel et du spirituel fait montre que nous sommes hors-sol et ne connaissons pas dans quel système nous opérons, en sous-estimant l’envergure de l’ordre établi (Establishment) et sa capacité de nuisance à la marche de la démocratie.

Nous vivons sous le statut d’une  »démocratie CONTENUE » ou démocratie  »VERROUILLÉE », qui a besoin d’un autre mode de combat pour la déverrouiller.

Le seul credo qui vaille, aujourd’hui, est celui de la défense de l’intérêt général, qui doit transcender tous les autres intérêts particuliers, quand bien même ils sont légitimes, que tout un chacun est en droit d’opposer à quiconque, sans crainte d’être accusé de lèse-majesté.

Il est temps de répertorier les priorités de l’intérêt général et les décliner en programmes politiques tangibles, pour quitter définitivement les débats de l’abstraction métaphysique.

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA