Le sujet de cette semaine s’est littéralement imposé à moi. Il est puisé dans une actualité on ne peut plus brûlante. Même si le titre ne l’indique pas très clairement, il s’agit du départ de  Vahid Halilhodzic, le sélectionneur de notre équipe nationale de football, un départ précipité, attendu, programmé, continuellement reporté, décidé, indéfiniment retardé, souhaité par tous, et finalement exécuté par qui de droit. Comme vous l’avez remarqué, j’ai parlé de départ et non de renvoi, de licenciement, d révocation, tous ces termes dévalorisants et dégradants que le public qui voulait la peau de Wahid auraient espéré voir utilisé à son égard. Non, rien de cela n’a été prononcé.

Le communiqué publié par la fédération est très lisse pour ne pas dire très hypocrite. Jugez-en vous-mêmes « …Compte tenu des divergences et des visions différentes entre la Fédération royale marocaine de football et le sélectionneur national Vahid Halilhodzic sur la meilleure façon de préparer l’équipe nationale de football pour la Coupe du monde Qatar 2022, les deux parties ont décidé de se séparer d’un commun accord… A cet égard, la Fédération royale marocaine de football a adressé ses « vifs remerciements » au sélectionneur pour ce qui a été fait durant la période où il a supervisé la direction de l’équipe nationale, au premier rang desquelles la qualification pour la Coupe du Monde 2022 avec une équipe jeune, prometteuse et pleine de grandes ambitions futures. Pour sa part, Vahid Halilhodzic a « souhaité bonne chance à l’équipe nationale ».

Oh, que tout ça est mignon ! Eh bien, cela n’a pas empêché une bonne partie de notre presse écrite et autre de parler tout de suite après de « limogeage ». Et vous savez pourquoi ? Parce que c’était ce mot que les ennemis de Wahid voulaient entendre. Alors, se sont dit les médias, même si la séparation était « d’un commun accord », on va quand même parler au public de « limogeage ». Ça lui fera plaisir et ça ne nous coutera pas plus cher.

Je voudrais rappeler qu’en mai dernier, la FRMF avait fermement démenti « tout changement à la tête du staff technique des Lions de l’Atlas. Vahid Halilhodzic ». Et un mois plus tard, la même fédération, par la bouche de son chef suprême, avait parlé de l’éventualité probable de se séparer du sélectionneur national indésirable et que cela « ne coutera pas un dirham à l’État ».

Franchement, vous y croyez, vous à cette séparation à l’amiable qui ne couterait pas un dirham ? Je ne connais rien au foot, mais je crois savoir que ce Wahid est tout sauf un enfant de chœur.
On me souffle à l’oreille qu’il était pressé de partir parce qu’il serait sollicité par un autre pays qui serait prêt à le payer encore plus cher que le Maroc. Peut-être, mais de là à renoncer à un paquet de fric qui lui revient de plein droit, je n’y crois pas une seconde.
En tout cas, ce n’est pas mon propos aujourd’hui. Si j’ai décidé d’aborder ce sujet, ce n’est pas parce que j’ai commencé subitement à m’intéresser au foot et aux footeux, mais c’est parce que je continue de m’intéresser de plus en plus à la foule, à ses mouvements, à ses humeurs, à ses succès, mais aussi à ses échecs.

Essayons, si vous le voulez bien, de réfléchir un petit peu ensemble.
Il y a quelques semaines, une très large campagne avait été lancée à travers les réseaux sociaux avec ces hashtags à la pelle (#7dh_Gasoil, #8dh_Essence, #degage_Akhanouch).
Est-ce que vous avez remarqué que malgré l’ampleur sans précédent de cette campagne et son succès populaire indéniable, non seulement les prix exorbitants du gasoil et de l’essence n’ont quasiment pas bougé, que nous sommes très loin des prix de rêve rêvés, mais le Sieur Aziz Akhanouch continue de présider très solennellement et très sereinement aux destinées de notre gouvernement.

Alors, vous ne vous êtes posés la question pourquoi il y a 2 poids (lourds) et une seule mesure ? Hein ?
Evidemment, vous ne pouvez pas me répondre, parce que ce n’est encore pas prévu dans notre relation actuelle, mais aussi parce que la question n’est pas simple.
Quant à mon avis, il vaut ce qu’il vaut, mais je vais vous le donner quand même.
Pour faire mon démago, je vais vous rappeler que nous sommes en démocratie, et qu’on ne limoge par un chef de gouvernement comme on se sépare aimablement d’un petit sélectionneur en l’invitant à déjeuner et en lui donnant à la fin du repas les stock-options prévus dans son contrat. Monsieur Akhanouch est là par la volonté du peuple, et il ne partira pas à cause de quelques petits cris et quelques jérémiades de la foule.

Ensuite, en se séparant d’un entraineur qui était efficace certes, mais qui agaçait la foule en refusant de la suivre systématiquement sur ses choix et ses tactiques, on calme cette foule, et en plus on lui fait croire qu’on l‘écoute et que finalement c’est elle qui est la principale décisionnaire. Et même s’il arrive, ce que je ne souhaite pas du tout, que le nouvel entraineur qui sera choisi se casse la gueule, c’est-à-dire que notre équipe nationale ne soit pas au top, personne ne pourrait reprocher aux responsables d’avoir fait ce qu’il fallait faire. Entre temps, je ne sais pas ce que deviendront les prix du carburant et de tout le reste, mais je parie que, encore une fois, on va mettre tout cela sur le dos du « pauvre » Akhanouch qui, je pense, n’a pas choisi de gaieté de cœur d’être à la place où il se trouve aujourd’hui, mais qui continuera, malgré tout, allez savoir pourquoi, sans broncher, cette mission ô combien périlleuse.

Voilà, c’était mon avis, et je l’ai dit.
En attendant, je vous laisse réfléchir à tout cela, je vous souhaite un très bon week-end, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.