A chaque échéance électorale, nous assistons à une mobilisation des partis politiques et de la société civile pour exhorter les Marocains à aller voter en masse. Motifs invoqués : défendre et consolider la démocratie. Ce qui revient à dire que si le Marocain votait, la démocratie serait préservée.

Autrement dit, ce sont les élections qui conditionnent, donnent un sens à la démocratie. Or, les élections ne déterminent pas le niveau de démocratisation d’un pays et peuvent même retarder le processus démocratique. Pourquoi ? Il faut distinguer entre deux types d’élections:

Ceux qui ont lieu dans les pays démocratiquement avancés, où l’Etat de droit est bien enraciné. Ils sont conçus comme un moyen pour permettre l’émulation et l’alternance des programmes partisans, dans le respect des valeurs démocratiques déjà en place, partagées par toutes les strates sociales.

Il s’agit là essentiellement de compétition entre classes politiques et confrontations de leurs programmes respectifs, le citoyen lambda votant ou s’abstenant, peu importe, dès lors que la démocratie est chose acquise et bien ancrée dans les mœurs.

Sachez, par exemple que les Présidents des USA sont élus en moyenne avec pas plus de 45% des Américains inscrits. Quoi de plus normal. Autrement dit, 55% des Américains ne se déplacent pas pour voter, donc ne sont pas impliqués dans une course entre Démocrates et Républicains. Mais ces Américains qui ne votent pas, sont rassurés que leur démocratie fonctionne, avec ou sans Président. 

A l’opposé de ces élections – moyen, telles qu’elles fonctionnent dans les pays démocratiques, il existe l’autre type d’élections, c’est à dire les élections- fin en elles-mêmes, telles qu’elles fonctionnent dans les pays du Syndrome du Déficit Démocratique Inné (SDI). 

Le souci des gouvernants, avec la complicité de la classe politique est de faire croire aux populations que déjà organiser des élections est un acte hautement démocratique et qu’aller voter est un acte hautement patriotique. Corollaire. Après l’organisation des élections et le vote, la démocratie serait au rendez-vous et le Marocain n’aurait plus qu’à s’en délecter voire s’en assouvir, dans l’attente d’une prochaine étape de manifestation démocratique.

Faut-il donc le rappeler, organiser des élections n’est pas la démocratie, pire encore, il la retarde pour ne pas dire assassine tout espoir de démocratisation, dès lors que le Marocain croit vivre dans la démocratie, la sienne, c’est à dire une démocratie – illusion.

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA