Tariq Akdim

Il y a quelques jours déjà que je reviens sur l’idée de rupture, qui nécessite un bouleversement des paradigmes du monde capitaliste et de préparer un nouveau monde surtout après les tentatives d’un changement possible après la crise du Covid-19. Cette idée de rupture n’est pas une donnée majeure dans tous les pays, ni un projet de réflexion pour d’autres. Elle est simplement pour le socio-économiste que je suis, un essai pour déconstruire certaines réalités et d’essayer de les repenser au regard des mutations rapides de la société sous le prisme d’une hétérodoxie économique.  

  • La promesse d’un changement

Si nous avons la conviction que des changements sont possibles par les citoyens du monde, il faut toutefois prendre cette hypothèse avec prudence. Nous ne construisons pas des futurs souhaitables sur des logiques citoyennes mais bien avec autre chose, l’offre des institutions, celles qui prospectent les sens possibles de ce que peut devenir la société, et c’est là ou le savoir doit prendre sens, mais pas que, il faut absolument écouter ce que peut porter ceux qui sont en dehors du circuit politique, et c’est là la première rupture proposée.

Si nous restons dans les mêmes circuits, le changement ne se fera jamais, qu’il soit pendant ou après la crise pandémique, d’où la nécessité que les pays reprennent sens avec les élites en construction.

  • Une nouvelle élite intègre et désintéressée    

Vous allez dire qu’il est plus facile de proposer que de soutenir des actions, mais aujourd’hui dans ces contextes multiples de crise, nous avons besoin d’une élite pensante, proche du citoyen, capable de créer le relais entre les gouvernants et les gouvernés. Entre les deux, une nouvelle élite doit écouter, savoir transmettre, aider à comprendre, à gérer le réel, à décortiquer les problèmes, à ouvrir les voies, mais au-delà de tout cela, elle doit aussi porter le pouvoir du sens.  Et c’est une autre rupture qu’il faut noter au sérieux.

  •  L’Adieu au PIB !

Depuis des siècles, nous parlons du Produit Intérieur Brut comme un indicateur de croissance économique des pays, une grandeur économique qui a montré depuis des années ses limites à expliquer réellement ce qui compte pour un pays dans son économie. En contexte de crise sanitaire, le Bonheur Intérieur Brut devient un enjeu économique des sociétés, la santé collective est devenue la seule mesure indispensable à la relance économique des secteurs et des activités. Ce qui, une fois de plus, explique que la variable humaine est la richesse sûre de chaque pays, et que la conception de la croissance est appelée à changer aujourd’hui avant demain. Et donc voici une autre rupture à souligner deux fois, puisque le changement sera aussi tributaire des ruptures avec le monde capitaliste en détresse.

  •  La Diversité, l’invisible présent

Une autre question à laquelle il faut parvenir à lui donner un sens à la fois global et local et qui inscrit cet autre chose parfaitement dans la demande des économies d’aujourd’hui, celle de la diversité. Michel SERRE dans son dernier essai qui vient d’être publié au titre Adichats (Adieu !) avec un ton nostalgique porteur d’un sens de retour à soi, à ses habitudes, à sa vie d’autrefois, il nous fait réfléchir sur les transformations auxquelles nous avons assistés dans tous les domaines. Bien sûr au-delà de ce temps qu’il marque en soulignant la fin des sociétés ou l’adieu au progrès, il y a aussi une question de ruptures, parce que ce qui nous lie au système capitaliste est de nature vitale, et la rupture semble une question de vie ou de mort.

C’est pour cette raison que la diversité que je vous propose est porteuse de cette rupture avec la globalisation, car elle est une ressource pour faire face à la compétition des mondes économiques, au consumérisme aveugle, à l’incapacité de consommer différent, sain, propre et juste. Bref, tout ce qui n’est pas vivant est mort et la diversité nous enseigne autre chose, autre rupture : Grandir pour guérir.

Il faut au-delà des rythmes et temps qu’elle peut prendre, elle nous apprend la liberté de choix et la pluralité d’approche. Bien plus que cela, elle est là pour nous rappeler que nous ne nous sommes pas en compétition de place ni de grade, simplement de vaincre la peur en nous, la peur de ne pas consommer toujours plus, la peur de ne pas aimer la différence, d’aimer les couleurs et de dépasser la crise. Nous voici dans cet autre chose !  

Tariq AKDIM, Socio-économiste des territoires, Chroniqueur et Président du LOGOS