Mohamed Benabdelkader* 

Il est tout à fait compréhensif qu’il puisse exister dans la vie politique démocratique, une tension constante entre la nécessité à court terme de répondre à l’électorat et la formulation d’objectifs et de stratégie à long terme. 

Ce qui est anormal voir paradoxal c’est que les partis politiques qui ont l’ambition de gouverner les États, soient souvent mal gouvernés eux-mêmes, que les partis sensés mobiliser la société soient trop repliés sur eux-mêmes et au meilleurs des cas obsédés par la prise de mesurettes tactitiennes pour résoudre des faux problèmes ou repondre à des questions insignifiantes, d’où l’importance de tenir périodiquement des congrès généraux qui sont censés permettre aux partis politiques d’établir leur bilan d’étape, évaluer leur performance , arrêter les orientations stratégiques, définir les alliances politiques et choisir en conséquence la nouvelle direction qui doit mettre en œuvre la ligne politique adoptée.

À l’ocasion du 60ème anniversaire de la création de l’USFP, la question merite d’être imposée: est ce que les congrès nationaux de l’USFP ont toujours jouer le rôle qui leur est dévolu dans les traditions politiques? à savoir réfléchir le monde, clarifier la ligne idéologique ou encore choisir les dirigeants capables de mettre en exécution les résolutions du congrès? 

À l’exception du premier congrès constitutif(1959) ainsi que du congrès extraordinaire (1975) les congrès ittihadis , me semble-t-il , n’ont rempli ces rôles qu’imparfaitement. On est à mainte reprises sorti d’un congrès divisé, sans leadership véritable, et sans programme bien clair pour mobiliser la société et gagner la confiance de l’électorat.

Au deuxième congrès de l’UNFP, le rapport idéologique présenté par Mehdi Ben Barka sous le titre «option révolutionnaire» fut rejeté par l’aile syndicale et Abdellah Ibrahim.

Au troisième congrès tenu en 1978 , le parti sort profondément divisé entre l’aile radicale (militante) et l’aile modérée (électoraliste).

Le quatrième congrès (1984) a été fortement marqué par une tension politico-organisationnelle n’aboutissant à aucun compromis et le rapport visionaire de Alioua intitulé « Crise de société et construction démocratique » a été voué au même sort que celui de Benberka .

Nous arrivons au 5ème congrès qui se tient en 1989 sous la haute tension des enjeux organisationels conjoncturels entre l’aile syndicaliste et l’aile politique, les egos surdimensionnés montent au créneau au point de provoquer la colère et l’indignation du grand leader Abderrahim Bouabid qui claque la porte avant de revenir au complexe Moulay Abdellah pour sauver ce qui reste d’un congrès presque raté. 

Le 6ème congrès nous a offert la triste ocasion de découvrir combien la terre du Dieu est vaste et les frères Amaoui Sassi Sefiani et autres nous quittent définitivement. 

Le 7ème congrès était par excellence le congrès de toutes les acrobaties apparatchiks qui, hautement mobilisées , n’ ont servi qu’à noyer le poisson pour nourrir le cour-termisme.

Le 8ème congrès attrapé par le diktat de la conjoncture s’est tenu en deux session séparée , néanmoins il n’a servi qu’à maintenir le statuquo.

Le 9ème congrès aurait pu nous offrir un excellent exercice démocratique capable d’ouvrir une prometteuse perspective pour l’USFP, mais il a fallu encore une fois que nous restions tragiquement fidèles à nous-mêmes. 

le souci de soi, le conjoncturel, les querelles internes, l’emportent encore une fois sur la vision stratégique , et le 10ème congrès dans le souci de stabiliser la situation, reproduit le même modèle épuisé du parti. 

Lors de ses congrès nationaux l’USFP a été souvent contraint de concentrer ses efforts sur la gestion de ses crises internes à court terme au détriment du développement de sa stratégie globale à moyen et long terme. 

En vue de notre prochain congrès national, il convient de réfléchir à ce ce phénomène qui a largement contribué à nuir les perspectives d’évolution du parti dans un paysage sociopolitique en mutation rapide.

*Membre du Bureau Politique de l’USFP et Ministre délégué auprès du Chef du Gouvernement, chargé de la Réforme de l’Administration et de la Fonction Publique.