Vos vœux pour l’année prochaine ? Oui, j’en parle d’ores et déjà parce que les séquelles socio-économiques cumulées des années précédentes se feront bel et bien sentir en 2021. Par ironie du sort, cette même année coïncide avec les élections au Maroc. Il suffit de faire défiler rapidement les réseaux sociaux pour se rendre compte de la colère qui y gronde et enfle vis-à-vis du gouvernement.

Aujourd’hui, en suivant en direct la diffusion de la réunion de la commission de justice pour l’examen du projet de loi N°46.19 relatif à l’Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption, j’étais, bien que c’était attendu, consternée par la frustration et le mécontentement clamés par les internautes. Une crise de confiance sans égale !


« Les citoyens ne croient plus en vous, cherchez un autre pays pour organiser les élections » est un commentaire de l’un des internautes au live diffusé ce matin par la chambre des représentants sur Facebook.

Pourtant, on continue de soulever la question suivante avant chaque échéance électorale : faut-il rendre le vote obligatoire pour endiguer l’abstention au Maroc ? Quelle question !

Permettez-moi d’abord d’expliciter l’acception du terme « vote ». Voter c’est exprimer un choix de déléguer le « pouvoir » à une personne pour parler à notre place, agir à notre place, faire voir et faire-valoir nos intérêts. À partir de là, se posent deux questions : avons-nous véritablement le choix de choisir ? Avons-nous, après tout, un pouvoir pour pouvoir déléguer le pouvoir ?!

Constitutionnellement, le vote est « un droit personnel et un devoir national » (article 30). Juste après cet article, il n’en demeure pas moins que l’article 31 contient un certain nombre de conditions essentielles et déterminantes ; il s’agit entre autres du droit aux soins de santé, à une éducation accessible et de qualité, à un logement décent, au travail et à l’appui des pouvoirs publics en matière de recherche d’emploi ou d’auto-emploi, etc. Vous voyez, nous n’avons pas besoin de facultés cognitives remarquables pour nous nous apercevoir que les citoyens marocains iraient voter si leurs besoins fondamentaux étaient satisfaits. Preuve à l’appui, selon un rapport publié en 2016 par l’association Tafra, les Marocains ayant davantage de difficultés à accéder aux services publics (traitement à l’hôpital, travail, …) votent moins.

Le débat sur le vote au Maroc : un feu de paille ?

À l’approche des élections, le débat sur le vote fait surface. C’est le moment de la prolifération des capsules de sensibilisation. Le citoyen se trouve tout à coup accablé par des slogans publicitaires du genre : « le vote est un devoir national, une responsabilité », « inscrivons-nous dans les listes électorales », « votons, prenons part à la vie politique et citoyenne », etc. Toutefois, on ÉDUQUE au « devoir national », on ne l’annonce pas la veille de chaque échéance électorale.

Vote blanc et vote nul : deux faux-semblants ?

L’offre politique devient, à chaque élection, plus pléthorique. Cependant, les Marocains se réfugient davantage dans l’abstention, le vote blanc et le vote nul. En effet, le premier parti[1] auquel les Marocains adhèrent de plus en plus est le parti des abstentionnistes ou encore du vote blanc et nul. Quel est ainsi le message derrière ce comportement électoral ? Pourquoi met-on dans le même panier le vote blanc et le vote nul ?

Le vote blanc ne peut être considéré comme un vote non valable, d’où l’importance d’une approche sociologique de cette question. Le vote blanc devrait être interprété, à mon avis, comme un message fort indiquant qu’on a perdu confiance en litres mais on garde toujours l’espoir ; c’est peut-être cet espoir qui nous a fait venir jusqu’aux urnes pour voter blanc.

Enfin, l’enjeu de l’abstention existe mais il nous semble subordonné à des circonstances de forte défiance à l’égard de l’échiquier politique. Ce n’est par l’obligation qu’on endiguera l’abstention. Les candidats devraient désormais avoir l’intelligence de changer cette attitude de faire des promesses de Gascon, la patience de développer l’écoute attentive, la responsabilité de rendre des comptes aux citoyens, la vaillance de prendre des décisions réfléchies, sensées et clairvoyantes et la sagesse de distinguer ce qui ne peut être changé de ce qui peut l’être à leur niveau.


[1] Selon le rapport « Le Maroc vote : les élections législatives en chiffres (1963 – 2011) », publié par l’association Tafra en 2016 ; un rapport qui reprend des analyses sur les données électorales marocaines depuis 1963.

Habiba El MazouniConsultante en politiques publiques. Doctorante en sciences politiques et sociales. Co-fondatrice de la plateforme AnalyZ